Devant la Cour de révision, Dany Leprince réaffirme son innocence
Condamné à la perpétuité pour un quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994, Dany Leprince a plaidé jeudi son innocence lors d'une audience à la Cour de révision dans l'espoir, quinze ans après un premier échec cinglant, d'obtenir un second procès.
Aujourd'hui libre et âgé de 69 ans, dont 18 passés derrière les barreaux, l'ancien employé d'une usine de boucherie clame de longue date son innocence du meurtre de son frère, sa belle-sœur et deux de leurs filles dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne.
"Je tiens à vous dire que je suis totalement innocent", a seulement déclaré le condamné, voûté sur le micro du fait de sa grande taille, aux treize magistrats de la Cour de cassation, au terme de cinq heures de débats.
Dany Leprince joue à cette audience la grande cause de sa vie. La Cour de révision et de réexamen est susceptible, si elle estime la requête fondée, d'annuler sa condamnation et d'ordonner la tenue d'un nouveau procès sur le fond de l'affaire - une décision rarissime, que préconise toutefois l'avocat général.
Son arrêt sera rendu le 2 juillet.
"Une procédure de révision est une voie de recours extraordinaire mais le dossier de M. Dany Leprince l'est à plus d'un titre (...). Il fait déjà partie de l'histoire criminelle française", soutient sous les yeux de son client et de la Cour Me Olivier Morice qui a repris la défense de Dany Leprince depuis 2018.
Sous les boiseries dorées de la Cour de cassation, la Cour présidée par le président de la chambre criminelle Nicolas Bonnal a entendu jeudi les arguments en faveur d'une réouverture de ce dossier, serpent de mer judiciaire. Cette même juridiction a rejeté en 2011 une première requête du condamné.
En 2026, la défense de Dany Leprince estime qu'il existe suffisamment de faits et éléments nouveaux pour faire naître un doute sur la culpabilité du condamné et justifier qu'une cour d'assises soit saisie pour statuer à nouveau sur son cas.
- Unique survivante –
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon. Solène, 2 ans, est la seule rescapée du massacre.
"Je refuse que mon témoignage de l'époque soit source de vérité", est venue dire Solène Leprince, aujourd'hui âgée de 33 ans, à la Cour de révision. "Je n'ai aucun souvenir de cette nuit-là, ni d'avoir tenu des propos à l'encontre de Dany Leprince."
"Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui", déclare, émue, la survivante, cheveux teints en blond et épaisses lunettes.
Accusé par sa femme Martine Compain - dont il est depuis divorcé - et sa fille aînée Célia, Dany Leprince, 37 ans au moment des faits, avoue le meurtre de son frère aux policiers et au juge d'instruction avant de promptement se rétracter. De "faux aveux" pour ses défenseurs.
Les avocats de Dany Leprince s'attardent longuement sur la personnalité de son ex-femme Martine Compain, qui est au cœur d'une nouvelle information judiciaire sur l'affaire, dans laquelle elle est actuellement placée sous le statut de témoin assisté.
"Avec tous les éléments nouveaux sur Martine Compain, on se pose forcément la question: est-ce qu'elle n'aurait pas commis les faits ? Est-ce qu'elle n'aurait pas a minima participé ? C'est tout le scénario de l'accusation qui est remis en cause", assène Missiva Chermak Felonneau, autre avocate de Dany Leprince.
Dans son rapport introductif, la conseillère Dorothée Dard relève toutefois que les éléments soulevés devant la Cour de révision ne sont pas les seuls à avoir été retenus à l'époque contre Dany Leprince.
La magistrate souligne qu'une paire de bottes et un pull beige du suspect n'ont jamais été retrouvés et qu'un écart d'une quinzaine de minutes sur son chemin du travail le lendemain était resté inexpliqué.
Les révisions de condamnations pénales criminelles sont extrêmement rares en France - une douzaine depuis 1945.
I.Faure--PP