Contre les fusillades scolaires, l'usage de drones expérimenté aux Etats-Unis
Pour faire face aux fusillades dans les écoles, une entreprise américaine commercialise des drones pilotés à distance par des opérateurs humains depuis un centre basé à Austin, au Texas. Coordonnés en temps réel avec les forces de police, ils se veulent une première ligne de réponse.
"Notre PDG a constaté l'efficacité des drones en vue subjective (FPV, qui plongent le pilote dans une immersion totale comme s'il était dans le cockpit, NDLR) sur le champ de bataille en Ukraine. Cela l'a amené à réfléchir à la manière d'introduire ce système pour répondre à un problème croissant aux Etats-Unis: les fusillades scolaires", explique à l'AFP Khristof Oborski, directeur des opérations tactiques de Campus Guardian Angel.
L'entreprise déploie des programmes pilotes dans plusieurs établissements scolaires en Floride et en Géorgie, financés par les autorités locales. A Houston (Texas), ce sont même les parents d'élèves qui se sont emparés de cette initiative, précise M. Oborski.
Selon une base de données du portail IntelliSee, 233 incidents impliquant des armes à feu ont été recensés sur des campus éducatifs américains pour la seule année 2025.
- Non létal -
L'entreprise procède d'abord à une cartographie 3D de l'école pour optimiser les trajets d'intervention.
Les drones sont ensuite installés dans des mini-hangars positionnés à des endroits stratégiques. Objectif: intervenir, partout, en moins de 15 secondes après le déclenchement de l'alarme, afin de réduire le temps de latence précédant l'arrivée des forces de police.
"Le type d'intervention est déterminé par les agissements du suspect. S'il s'agit d'un enfant déambulant dans un couloir avec une arme à la main, notre seule présence pourrait suffire à désamorcer la situation. Nos drones sont équipés d'un système audio, ce qui nous permet de communiquer avec le suspect et de lui donner des instructions, comme "Hé! Pose cette arme, nous ne voulons pas qu'il t'arrive du mal", explique M. Oborski.
"A l'inverse, si l'individu s'en prend activement aux enfants, nous passons immédiatement à l'action", soit en frappant l'agresseur avec le drone, soit en utilisant un gel au poivre non létal, poursuit-il.
Une stratégie qui vise à détourner l'attention de l'assaillant, et à le maintenir sous surveillance jusqu'à l'arrivée de la police.
"Ce système fonctionne-t-il grâce à l'intelligence artificielle ? Notre réponse est non: il n'y a aucune IA impliquée ici. Cette précision rassure beaucoup les gens, d'autant plus lorsqu'ils découvrent que les opérateurs que nous employons sont des professionnels d'élite, triés sur le volet — tout simplement les meilleurs experts", observe Bill King, cofondateur de l'entreprise.
- Des "Nerds" au pilotage -
Les équipes se composent de quatre pilotes, dont un chargé d'assurer la liaison avec la police, pour la plupart issus des ligues professionnelles de drones.
"Être le +nerd+ qui œuvre dans l'ombre pour soutenir les héros de ce monde — ceux qui nous protègent des dangers qui nous guettent —, c'est une expérience profondément gratifiante", témoigne Alex Campbell, pilote de drone de 30 ans. "C'est une immense satisfaction de pouvoir y contribuer et d'apporter mon aide à ces hommes et ces femmes sur le terrain, même si je ne suis qu'un technicien qui n'a pas vocation à se retrouver en première ligne."
Proposé sous forme de contrats annuels, le service voit son coût varier en fonction de la taille et de la configuration des établissements.
"Le scénario idéal serait d'installer ce système dans absolument toutes les écoles des Etats-Unis... et de ne jamais avoir à l'utiliser. Car il possède une véritable force dissuasive", conclut Bill King, un ancien membre des Navy Seal, les forces spéciales de la marine américaine.
I.Chauvin--PP