Brésil: Flavio Bolsonaro dans la tourmente à l'approche de la présidentielle
Les sondages étaient encourageants pour Flavio Bolsonaro en vue de la présidentielle d'octobre au Brésil face à Lula, quand des révélations explosives sur ses liens avec un banquier emprisonné pour fraude présumée l'ont stoppé net dans son élan.
Adoubé par son père, l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui purge actuellement une peine de prison pour tentative de coup d'Etat, ce sénateur de 45 ans avait réussi à s'imposer comme le principal candidat du camp conservateur.
Dans les enquêtes d'opinion, il était au coude à coude avec le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, et parfois légèrement devant.
Mais c'était avant que le média Intercept Brasil ne révèle, enregistrement audio à l'appui, qu'il avait demandé de l'argent à Daniel Vorcaro, banquier soupçonné d'être au coeur d'un scandale financier qui secoue le Brésil depuis plusieurs mois.
Selon ce site d'investigation, l'enregistrement fait partie d'un ensemble prouvant que M. Vorcaro avait accepté de contribuer à hauteur de 24 millions de dollars au film "Dark Horse", dans lequel l'acteur américain Jim Caviezel incarne Jair Bolsonaro. Le banquier aurait effectivement payé un peu moins de la moitié.
Or, Flavio Bolsonaro avait assuré jusqu'à présent qu'il n'avait aucune relation avec ce patron dont la banque privée, Banco Master, a été liquidée l'an dernier, laissant une dette de plus de sept milliards de dollars.
Il a finalement dû reconnaître lui avoir demandé des fonds pour le film, mais a nié toute malversation.
- "Très serein" -
De nouvelles révélations ces derniers jours l'ont mis encore plus sur la défensive: il a dû admettre mardi avoir rendu visite à Daniel Vorcaro en novembre, quand ce dernier était en résidence surveillée.
Sans compter de nombreuses questions soulevées sur la nature des transactions et la destination précise des fonds censés financer le film.
La candidature du fils aîné de l'ex-chef de l'Etat n'a pas tardé à accuser le coup: mardi, il s'est retrouvé sept points derrière Lula dans un sondage.
A la sortie d'une réunion le même jour avec des parlementaires de sa formation, le Parti libéral, Flavio Bolsonaro s'est dit toutefois "très serein".
"Il n'y a aucune discussion sur l'hypothèse de remplacer Flavio" par un autre candidat, affirme à l'AFP le député bolsonariste Evair de Melo.
- Liens du sang -
Ce scandale est en tout cas une aubaine pour Lula, qui avait perdu du terrain ces derniers mois dans sa tentative de réélection à 80 ans pour un quatrième mandat, après un premier passage à la présidence (2003-2010).
Ces révélations constituent "peut-être le fait le plus important" de la pré-campagne, estime le député de gauche Ivan Valente.
"Si d'autres révélations sortent, cela va être fatal pour la candidature" de Flavio Bolsonaro, prédit-il.
Marcio Coimbra, directeur du groupe de réflexion Casa Politica, s'attend à ce que la situation du sénateur "se dégrade de plus en plus". Mais il estime que Bolsonaro père "maintiendra jusqu'au bout" son fils aîné dans la course.
Jair Bolsonaro, 71 ans, a désigné Flavio Bolsonaro comme son héritier depuis la prison. Il a ainsi écarté des personnalités qui avaient davantage les faveurs des milieux d'affaires, comme son ancien ministre Tarcisio de Freitas, qui briguera finalement la réélection au poste de gouverneur de Sao Paulo.
Selon Marcio Coimbra, l'ex-président veut "garder la mainmise sur la droite", et pour ce faire il fallait que le candidat ait "du sang Bolsonaro" dans les veines.
Pour tenter de séduire un électorat plus large, Flavio Bolsonaro se présente comme plus modéré que son père.
Cela ne l'empêche pas de défendre une ligne dure en matière de sécurité. Et il affirmait lors d'un entretien récent à CNN Brasil que son père serait toujours "sa boussole".
L'aîné des fils Bolsonaro a déjà eu des démêlés avec la justice: il a été accusé en 2020 de détournement de fonds publics, à travers des employés fantômes qui lui auraient reversé une partie de leurs rémunérations quand il était député régional de Rio de Janeiro. L'affaire a finalement été classée.
Il a par ailleurs été critiqué pour avoir décerné en 2005 une médaille à un policier qui s'est révélé être membre d'une milice, l'un des groupes criminels sévissant à Rio.
Y.Giroux--PP