Petit Parisien - Italie: le pape au coeur de la "Terre des feux", ravagée par la pollution

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Italie: le pape au coeur de la "Terre des feux", ravagée par la pollution
Italie: le pape au coeur de la "Terre des feux", ravagée par la pollution / Photo: Filippo MONTEFORTE - AFP

Italie: le pape au coeur de la "Terre des feux", ravagée par la pollution

Le pape Léon XIV s'est rendu samedi à Acerra, près de Naples, au cœur de la "Terre des feux" ravagée par des décennies de décharges illégales contrôlées par la mafia, une pollution massive qui empoisonne les habitants.

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Situé entre Naples et Caserte, en Campanie, ce territoire du sud de l'Italie aux près de trois millions d'habitants doit son surnom aux nombreux sites illégaux d'incinération à ciel ouvert de déchets industriels, souvent importés du nord de la péninsule, qu'il compte.

Depuis des décennies, les sols, les nappes phréatiques et l'air y sont contaminés par des métaux lourds, des dioxines et des particules fines. Les conséquences sanitaires sont particulièrement alarmantes, avec des taux de cancers supérieurs à la moyenne nationale.

Le pape a ainsi dénoncé dans un premier discours "un mélange mortel d’intérêts obscurs et d’indifférence envers le bien commun, qui a empoisonné l’environnement naturel et social".

"Le pape est peut-être la seule personne capable de réveiller un peu la conscience de toutes ces personnes qui ont fait du mal à ce territoire", a estimé auprès de l'AFP Giuseppina De Francesco, 60 ans, une fidèle de ce diocèse.

Cette visite est d'autant plus symbolique qu'elle intervient au 11e anniversaire de l'encyclique Laudato Si', un manifeste historique du pape François sur la protection de l'environnement.

La "Terre des feux", également connue sous le nom de "Triangle de la mort", sert de décharge et de site d’incinération illégale depuis la fin des années 1980.

Plutôt que de payer des sommes exorbitantes pour faire traiter légalement leurs déchets toxiques, des entreprises ont versé à la mafia locale de la Camorra une fraction du coût pour se débarrasser de tout, des plaques d’amiante brisées aux pneus de voiture et aux conteneurs de colle industrielle.

Depuis 2013, une série d’enquêtes parlementaires a conclu à la négligence des autorités et, dans certains cas, à leur complicité.

"Dans la vie, nous comprenons que plus une beauté est fragile, plus elle exige d’attention et de responsabilité", a dit plus tard le pape.

"Voilà, mes très chers, la raison principale de ma présence aujourd’hui à Acerra : confirmer et encourager ce sursaut de dignité et de responsabilité que tout cœur honnête ressent lorsque la vie naît et se trouve aussitôt menacée par la mort", a poursuivi Léon XIV devant les fidèles.

"Cette terre a payé un lourd tribut, elle a enterré nombre de ses fils, elle a été témoin de la souffrance d’enfants et d’innocents", a poursuivi le pape américain devant une foule estimée à environ 15.000 personnes par les autorités locales.

Léon XIV a enfin tenu "à remercier ces +pionniers+ qui, grâce à leur engagement courageux, ont été les premiers à dénoncer les maux de cette terre et à attirer l’attention sur la réalité occultée et niée de son empoisonnement : je pense en particulier aux membres des associations écologistes".

Depuis son élection en mai 2025, Léon XIV a affiché une attention particulière aux questions environnementales, dans la lignée de son prédécesseur argentin.

Cette visite s'inscrit dans une série de déplacements estivaux en Italie, qui incluent notamment une étape sur l'île méditerranéenne de Lampedusa en juillet.

I.Chauvin--PP