Meurtres dans la Sarthe: la Cour de révision annule la condamnation de Dany Leprince, qui sera rejugé
C'est une décision rarissime : la Cour de révision a annulé jeudi la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince dans le célèbre dossier criminel du quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994, et ordonné qu'il soit rejugé.
"Il faut que la vérité éclate", a réagi l'intéressé de 69 ans, pour qui "le combat continue" après cette première "victoire", à la sortie de la Cour de cassation. Les larmes aux yeux à l'énoncé de la décision, il est tombé dans les bras de ses proches saisis par l'émotion au milieu de la chambre criminelle.
Aujourd'hui libre après 18 ans passés derrière les barreaux, l'ex-employé d'une usine de boucherie clame de longue date son innocence des meurtres de son frère, sa belle-sœur et deux de leurs filles dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne.
"La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d'avoir été retenus à charge par la cour d'assises (en 1997, ndlr) se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince", a déclaré son président Nicolas Bonnal.
La Cour de révision, qui ne pouvait pas se prononcer directement sur la culpabilité du mis en cause, a ordonné en conséquence que Dany Leprince soit à nouveau jugé lors d'un procès qui se tiendra à Angers, devant la cour d'assises du Maine-et-Loire.
"Aujourd'hui il n'y a plus de +Boucher de la Sarthe+, il demeure M. Leprince, présumé innocent (...) Ce que nous obtiendrons devant la cour d'assises, c'est l'acquittement de Dany Leprince", a déclaré son avocat, Me Olivier Morice, en saluant "une grande victoire et une décision historique".
- "Zones d'ombre" -
Pour prendre cette décision rare, seule une douzaine de condamnations criminelles ayant été annulées depuis 1945 - le chiffre exact est débattu -, la Cour de révision a d'abord retenu le témoignage de Solène Leprince, la seule rescapée du massacre survenu lorsqu'elle avait 2 ans.
Devenue adulte, cette femme indique n'avoir aucun souvenir du drame, tandis qu'à l'époque de la procédure ses déclarations et comportements d'enfant donnaient à penser aux enquêteurs qu'elle aurait vu Dany Leprince en train de commettre le quadruple meurtre.
"Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui", avait déclaré, émue, la survivante à la Cour de révision, devant laquelle elle est venue le mois dernier appuyer la demande de son oncle.
La Cour de révision a ensuite pointé les "pertes de mémoire alléguées" de Martine Compain, femme de Dany Leprince au moment des faits, sur le déroulé exact de la soirée fatale. Selon une expertise ultérieure au verdict, Mme Compain ne présente pas de problèmes de mémoire et ces absences pourraient s'avérer être une "simulation".
"Ce second élément nouveau peut laisser à penser que Martine Compain s'est volontairement abstenue d'apporter un éclairage complet sur le déroulement de la soirée", a souligné le juge Nicolas Bonnal.
L'ex-femme de Dany Leprince, dont il est aujourd'hui divorcé, est actuellement placée sous le statut de témoin assisté dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany.
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon. Solène est la seule rescapée.
Accusé par Martine Compain et sa fille aînée Célia, Dany Leprince, 37 ans au moment des faits, avoue le meurtre de son frère aux policiers et au juge d'instruction avant de promptement se rétracter. De "faux aveux" pour ses défenseurs.
La cour d'assises de la Sarthe l'avait condamné en décembre 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans, un arrêt désormais annulé.
B.Pichon--PP