La fumée des incendies affecte des millions d'Américains et inquiète avant la finale de la Coupe du monde
La fumée des incendies en cours au Canada, poussée vers le sud par les vents, a plongé vendredi plusieurs métropoles américaines dans un épais voile de pollution, suscitant des inquiétudes à l'approche de la finale de la Coupe du monde, prévue ce week-end près de New York dans un stade à ciel ouvert.
Les organisateurs "surveillent de près" l'évolution de la situation, a déclaré Andrew Giuliani, qui dirige l'équipe de la Maison Blanche chargée de l'organisation de la Coupe du monde, lors d'un point presse à New York.
"Il y a eu des discussions à ce sujet, nous avons quelqu'un des services météorologiques nationaux auprès de la Fifa", a-t-il ajouté.
Dans le New Jersey, où se disputera dimanche la finale opposant l'Espagne à l'Argentine, la qualité de l'air était encore jugée "mauvaise pour la santé" vendredi matin, bien qu'en légère amélioration par rapport à jeudi lorsque la silhouette des gratte-ciel de Manhattan était à peine visible depuis certains secteurs.
Depuis jeudi, l'application officielle de sécurité à destination des supporters partage des alertes sur ces fumées, encourageant à rester à l'intérieur ou à porter un masque.
Les prévisionnistes des services météorologiques nationaux (NWS) ont averti que "la fumée pourrait s'épaissir de nouveau durant la nuit et samedi matin" mais les prévisions ne laissent pas entrevoir, à ce stade, des conditions aussi dégradées pour dimanche.
"Nous devrions observer le retour de vents de nord-ouest au-dessus de la région des Grands Lacs, ce qui pourrait capter une partie de cette fumée et la pousser vers le Nord-Est", a expliqué à l'AFP Peter Mullinax, météorologue au NWS.
Dans plusieurs villes du Midwest et du Nord-Est, de nombreux habitants portaient vendredi des masques à l'extérieur pour se protéger.
Enveloppées dans un brouillard jaunâtre, Detroit et Chicago affichaient des indices de qualité de l'air classés dans la catégorie "dangereuse". Selon le site spécialisé IQAir, elles sont parmi les métropoles les plus polluées au monde vendredi.
Les vents soufflant vers le sud ont également acheminé les fumées jusqu'à Washington. La capitale américaine enregistrait une qualité de l'air jugée "très malsaine", un niveau auquel les autorités recommandent à l'ensemble de la population d'éviter toute activité extérieure non essentielle.
Les pluies attendues ce week-end pourraient contribuer à dissiper la fumée la plus dense, selon Mark Parrington, scientifique au sein du service européen Copernicus de surveillance de l'atmosphère.
"Mais ce qui se passera ensuite dépendra de l'évolution des incendies et de leur intensité", a t-il nuancé auprès de l'AFP.
Les NWS ont prolongé jusqu'à vendredi leur alerte sur la qualité de l'air à Chicago, tout en précisant que des orages épars et des changements de direction du vent pourraient repousser la fumée vers le Nord-Est.
- Lien avec le changement climatique -
Alors que la fumée recouvre de vastes régions du Canada et des États-Unis, experts et défenseurs de l'environnement soulignent le lien entre la multiplication de ces épisodes de pollution liés aux feux de forêt et le changement climatique.
"Un ciel de plus en plus enfumé souligne l'urgence d'une transition rapide vers les énergies propres plutôt que la construction de nouvelles infrastructures liées aux combustibles fossiles, qui aggravent encore le changement climatique", a déclaré Paul Mathewson, directeur des programmes scientifiques de l'organisation Clean Wisconsin.
Selon le scientifique, le changement climatique favorise l'allongement de la saison des incendies en raison de températures plus élevées et d'une diminution de l'humidité des sols.
"Lorsqu'un incendie se déclare dans ces conditions, nous observons des feux de très grande ampleur qui peuvent brûler de manière continue pendant des semaines, voire tout au long de l'été", a-t-il expliqué.
La situation continue de se détériorer au Canada, où selon les derniers chiffres du Centre interservices des feux de forêt du Canada, 209 feux sont hors de contrôle à travers le pays sur un total de 893 feux actifs.
Si la saison des feux est bien moins dramatique jusqu'ici qu'en 2023, année record, la virulence des incendies s'est considérablement aggravée depuis une semaine.
Près de 2,8 millions d'hectares ont brûlé depuis le début de l'année, selon les derniers chiffres officiels du gouvernement fédéral. Vendredi dernier, ce chiffre était de près de 1,6 million d'hectares.
Les incendies en Ontario n'ont fait aucune victime pour l'heure, mais plusieurs villages isolés ont dû être évacués.
bur-mdo-ia-llb/ube
N.Rollin--PP