Après un été éprouvant, les éleveurs tiennent leur salon à Rennes
Le Salon international de l'élevage (Space) s'ouvre mardi à Rennes, après un été éprouvant pour les bêtes comme pour les éleveurs, préoccupés par un manque de fourrage pour l'hiver et des aides gouvernementales jugées insuffisantes.
Durant l'été, marqué par la sécheresse et 53 jours cumulés de vague de chaleur, une durée inédite, des millions de volailles sont mortes, la mortalité des truies et des veaux a augmenté et le poids des porcs a baissé. Chez les vaches laitières en stress thermique, la production de lait a souffert et la qualité des fromages en a pâti.
Autre conséquence pour la filière bovine: la pousse des prairies à fin août était inférieure de près de 40% à la moyenne de la période 1989-2018. Les récoltes de céréales, et notamment de maïs, qui servent à l'alimentation animale sont en chute libre.
Le gouvernement envisage de solliciter ses voisins européens pour importer du fourrage si les stocks se révélaient insuffisants pour l'hiver mais les éleveurs craignent une explosion des prix, insoutenable pour leur trésorerie.
Travail de nuit, allers-retours aux champs pour abreuver et nourrir les bêtes, descente d'alpage précoce face au manque d'herbe... A la charge de travail et au stress des éleveurs face à la souffrance de leurs animaux s'ajoute la crainte de les envoyer à l'abattoir dans les mois à venir faute de nourriture.
Les éleveurs de vaches et d'ovins estiment à plus de 5 milliards d'euros le surcoût lié au manque de fourrage et tirent la sonnette d'alarme quant au risque d'une baisse accrue du cheptel français, en plus de celle liée au départ à la retraite de nombre d'entre eux.
- Insuffisance des aides -
Face à cette situation, le gouvernement a annoncé porter, comme la loi l'y oblige, le fonds d'indemnisation de solidarité nationale (ISN) à 520 millions d'euros pour le reste de 2026, soit un peu moins de 400 millions d'argent nouveau.
Ce fonds permet d'indemniser les agriculteurs assurés pour les pertes de récolte et de prairies et, dans une proportion moins importante, les non assurés quand les pertes dépassent 50% pour les grandes cultures et 30% pour les prairies.
Mais pour nombre d'éleveurs et leurs représentants syndicaux, le système d'évaluation des pertes de prairie grâce à des mesures par satellite est "dysfonctionnel" et doit être complété par des mesures sur le terrain.
Les associations spécialisées dans l'élevage de ruminants de la FNSEA, syndicat dominant, demandent une aide de 300 euros par gros bovin et se disent "sacrifiées par un plan qui les ignore".
Les éleveurs laitiers en appellent aussi aux industriels pour revaloriser le prix du lait payé aux éleveurs, qui a décroché depuis le début de l'année.
La fédération des industriels laitiers privés, au premier rang desquels Lactalis et Danone, a jugé cette semaine que ses marges étaient insuffisantes pour répondre à cet appel et souligné que le prix payé en France restait supérieur à celui de plusieurs voisins européens.
Tous ont appelé grande distribution et consommateurs à accepter une revalorisation des produits pour mieux rémunérer les agriculteurs.
- Eau et candidats -
En choisissant l'eau comme thème de l'édition 2026, "on ne pensait pas être dans une actualité aussi forte", a déclaré début septembre le président du Space, Didier Lucas, après les sécheresses estivales et un mois après l'adoption de la loi d'urgence agricole prévoyant le doublement du stockage d'eau pour l'agriculture d'ici 2035.
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard inaugurera l'événement, avec une bataille en tête, celle du budget 2027, qui sera présenté le 30 septembre et doit comporter les mesures destinées au "rebond" de l'agriculture et à son adaptation, après le plan d'aide d'urgence dévoilé début septembre.
Le gouvernement pourrait agiter la menace de la colère agricole pour essayer de faire adopter le texte.
A sept mois de l'élection présidentielle, plusieurs candidats ont aussi prévu de défiler entre les stands du salon.
En 2025, c'est le sanitaire qui avait occupé tous les esprits au Space avec les crises de la dermatose nodulaire contagieuse et de la fièvre catarrhale. En coulisses, une grande réforme de la gestion des maladies animales, prévue par la loi autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnance sur le sujet, fait débat.
X.Gerard--PP