Nouvelles perquisitions chez Andrew, la monarchie britannique dans une crise sans précédent
La police a perquisitionné vendredi pour la deuxième journée consécutive l'ancien domicile d'Andrew Mountbatten-Windsor, dont l'arrestation la veille dans le cadre de l'affaire Epstein a plongé la famille royale britannique dans une crise sans précédent.
Si le frère cadet de Charles III a pu regagner son domicile de Sandringham (est de l'Angleterre), la télévision Sky News a diffusé des images de policiers déployés à Royal Lodge, son ancien domicile de Windsor dont il a été récemment chassé et déjà perquisitionné jeudi. Les policiers devraient continuer à y travailler tout le weekend, selon une source proche des perquisitions.
Andrew, 66 ans, a été interrogé jeudi sur des soupçons de "manquements dans l'exercice de fonctions officielles", après avoir été accusé d'avoir transmis, à l'époque où il était envoyé spécial au Commerce du Royaume-Uni (2001-2011), des informations confidentielles au financier et criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
Pour le quotidien The Telegraph, cette arrestation restera comme "le jour le plus préjudiciable pour la monarchie".
Selon l'avocat Mark Stephens, spécialisé en droit constitutionnel au cabinet Howard Kennedy à Londres, les suites de l'enquête contre Andrew sont incertaines: il pourrait être ré-interrogé puis inculpé, ou échapper à une inculpation.
L'infraction pour laquelle il a été arrêté est "extrêmement difficile à prouver", a souligné cet avocat.
Andrew, qui a toujours démenti tout comportement illégal, pourrait aussi être inculpé dans d'autres volets de la tentaculaire affaire Epstein.
- Fin de la "déférence" -
Dans un rare communiqué après l'arrestation jeudi, le roi Charles III a fait part de sa "plus profonde inquiétude" et affirmé que la justice devait "suivre son cours".
Le monarque avait déjà déchu son cadet de tous ses titres royaux en octobre à cause de nouvelles révélations sur les liens d'Andrew avec Epstein.
Selon Roya Nikkhah, experte royale du Sunday Times, la confiance dans la famille royale "risque vraiment d'être érodée" après cette arrestation inédite depuis le XVIIe siècle.
"Le temps de la déférence qui prévalait pendant le règne de la reine (Elizabeth II, ndlr) est terminé et il s'agit d'un immense défi pour Charles", a-t-elle ajouté.
L'arrestation d'Andrew a déjà relancé le débat sur la monarchie en Australie, dont Charles III est le chef de l'Etat, même si le Premier ministre Anthony Albanese, prorépublicain, a semblé écarter vendredi l'idée d'un référendum visant à destituer le monarque.
"Je suis vraiment ravie que personne ne soit au-dessus des lois", soulignait ainsi vendredi Jo Mortimer, retraitée de 64 ans rencontrée près du commissariat du Norfolk, où l'ex-prince a été interrogé.
Signe de ce basculement, le roi n'avait pas été prévenu à l'avance de l'arrestation de son frère, ont indiqué les médias britanniques.
- Ordre de succession -
Selon un sondage YouGov publié vendredi, 82% des Britanniques estiment qu'Andrew, qui reste huitième dans l'ordre de succession au trône, devrait désormais en être retiré.
Une telle mesure, soutenue par un nombre croissant de députés, nécessiterait néanmoins l'adoption d'une loi au Royaume-Uni comme dans les 14 autres pays du Commonwealth dont Charles est chef d'Etat, a indiqué à l'AFP le professeur et constitutionnaliste Robert Hazell.
Ces derniers jours, la police britannique avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière salve des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.
Outre les courriels suggérant qu'Andrew aurait transmis des informations confidentielles à Epstein, la police londonienne a indiqué vendredi "évaluer" d'autres allégations liées aux dossiers Epstein, selon lesquelles des aéroports londoniens auraient été utilisés pour "faciliter la traite d'êtres humains et l'exploitation sexuelle" - sans mentionner directement Andrew.
Elle a aussi dit "contacter" d'actuels et d'anciens agents de protection du prince déchu. "Il leur a été demandé d'examiner attentivement si quelque chose qu'ils ont vu ou entendu (...) pourrait être utile pour les examens en cours", a indiqué la Met police dans un communiqué.
Elle a cependant souligné qu'"aucune nouvelle allégation criminelle" concernant des infractions sexuelles ne lui avait été signalée et a appelé toute personne "disposant d’informations nouvelles ou pertinentes à se manifester".
La police londonienne avait auparavant indiqué "évaluer" des informations selon lesquelles une femme aurait été envoyée par Epstein à Royal Lodge en 2010, potentiellement pour avoir des relations sexuelles avec Andrew.
On ignore si Andrew a été interrogé jeudi sur ce sujet.
E.Pelletier--PP