Polluants éternels: les riverains d'une usine 3M belge réclament justice au géant américain
"3M doit reconnaître ses responsabilités!". Le procès d'un scandale environnemental impliquant le conglomérat industriel américain 3M s'est ouvert mardi à Anvers, en Belgique, où un millier de personnes réclament des indemnisations pour avoir été exposées à des "polluants éternels", des PFAS, rejetés par une de ses usines.
L'audience, prévue sur trois jours, se tient devant un juge de paix, auquel il est demandé de condamner 3M pour "troubles de voisinage excessifs" en raison de ces rejets polluants de l'usine chimique située à Zwijndrecht, près du grand port belge.
Parmi les riverains associés à cette procédure collective, qui tablent sur une trentaine de millions d'euros d'indemnités compensatoires en cas de condamnation, une centaine se sont massés dans l'étroite salle d'audience.
Au premier rang, à côté d'un fauteuil roulant, un couple de retraités a expliqué à l'AFP souffrir de problèmes de santé après avoir vécu des années non loin de l'usine. Lui d'un cancer de la prostate, elle de dérèglements thyroïdiens. "J'attends des excuses de 3M", a dit la femme en réprimant des sanglots.
L'usine 3M de Zwijndrecht, inaugurée dans les années 1970, est au coeur d'un scandale depuis 2021, quand ont été révélés, à l'occasion d'un chantier routier, des niveaux de pollution anormaux dans les eaux souterraines et les sols, à proximité du site.
Une campagne de prélèvements sanguins a ensuite confirmé l'exposition de centaines d'habitants en particulier à une concentration très haute de PFOS. Il s'agit d'un des multiples composants chimiques de la famille des PFAS, surnommés les "polluants éternels" car ils mettent des milliers d'années à se décomposer dans l'environnement.
- "Du poison" -
"C’est du poison qu’on a reçu dans notre jardin, dans notre sang, dans notre corps", a souligné en arrivant au tribunal Petra Praet, qui vit depuis 25 ans à 1,5 km de l'usine et a fait partie avec ses deux enfants de l'échantillon soumis aux analyses de sang.
Elle a expliqué avoir cessé de consommer les œufs de ses trois poules, conformément aux recommandations des autorités flamandes, et avoir dû aussi abandonner son projet de potager.
Qu'attendre de ce procès ? "Les responsables doivent prendre leurs responsabilités, on ne peut pas être une entreprise polluante et s’en foutre, prendre les profits et partir, ce n'est pas possible", a ajouté Mme Praet.
Le groupe 3M, connu pour son Scotch et ses Post-it, assure ne plus produire de PFAS depuis 2024 dans cette usine belge. Et il dit appliquer une série de mesures de réparation, parmi lesquelles un plan d'assainissement des sols, qui doit se déployer progressivement autour du site.
Geert Lenssens, un des avocats défendant les plaignants, assure qu'en 2023 une famille se disant victime des rejets polluants de 3M a déjà obtenu gain de cause devant ce même juge de paix, ce qui a gonflé ensuite le nombre de riverains associés à la plainte.
Disant représenter désormais 1.400 plaignants, Me Lenssens réclame pour chacun d'eux 20.000 euros de "compensation provisionnelle", dans la perspective de leurs besoins futurs.
- Le précédent de l'amiante -
"C'est important car une maladie peut mettre plusieurs dizaines d'années à se déclarer, comme on l'a vu avec l'amiante", a déclaré à l'AFP Me Lenssens.
Autre type de préjudice potentiel, selon lui: la perte de valeur d'une maison au moment de sa revente.
Après les plaidoiries des avocats des plaignants, la parole sera donnée à ceux du groupe américain. A l'issue de la dernière audience, jeudi, la décision sera mise en délibéré. Elle n'est pas attendue avant au moins un mois.
Cosmétiques, ustensiles de cuisine, emballages etc.: les PFAS, substances chimiques per- et polyfluoroalkylées, sont abondamment utilisés par l'industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur.
Ils peuvent avoir des effets délétères sur la santé, avec l'augmentation du taux de cholestérol et de certains cancers, des incidences sur la fertilité et le développement des fœtus.
En juillet 2022, les autorités régionales de Flandre et 3M Belgique avaient annoncé un accord à l'amiable au terme duquel l'industriel s'engageait à dépenser un demi-milliard d'euros dans des mesures correctives.
Cinq mois plus tard, le groupe du Minnesota, déjà confronté à des procédures judiciaires liées aux PFAS aux Etats-Unis, avait annoncé qu'il supprimerait ces substances chimiques de tous ses processus de fabrication dans le monde au plus tard fin 2025.
Z.Gaillard--PP