Petit Parisien - L'UE met Temu à l'amende pour avoir permis la vente de produits illégaux

Paris -
L'UE met Temu à l'amende pour avoir permis la vente de produits illégaux
L'UE met Temu à l'amende pour avoir permis la vente de produits illégaux / Photo: Nicolas TUCAT - AFP/Archives

L'UE met Temu à l'amende pour avoir permis la vente de produits illégaux

L'UE a infligé jeudi une amende de 200 millions d'euros au géant chinois du commerce en ligne Temu, pour avoir permis la vente aux consommateurs européens de produits illégaux, dont des jouets pour bébés dangereux ou des chargeurs défectueux.

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"L'entreprise a échoué à identifier, analyser et évaluer avec diligence les risques systémiques liés à la vente de produits illégaux sur sa plateforme, tout comme les préjudices en résultant pour les consommateurs dans l'Union européenne", a conclu la Commission européenne, au terme d'une enquête ouverte en octobre 2024.

Selon l'exécutif européen, Temu a ainsi contrevenu à ses obligations de protection des consommateurs, imposées aux grandes plateformes en ligne par le règlement européen sur les services numériques (Digital services act, DSA).

"Temu est un acteur très important sur le marché européen, avec 130 millions d'utilisateurs. Donc lorsqu'ils vendent des produits interdits, ils finissent entre les mains d'un grand nombre d'Européens", a souligné la vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, Henna Virkkunen, auprès de journalistes.

Pour prouver cette infraction, Bruxelles s'est notamment appuyée sur des achats réalisés par ses propres équipes, en se faisant passer pour des clients lambdas.

L'opération a démontré "qu'un très fort pourcentage des chargeurs commandés n'ont pas réussi à passer des tests de sécurité basiques".

Pire, une proportion élevée de jouets pour bébés testés dans les mêmes conditions présentait "des risques pour la sécurité d'une gravité moyenne à élevée", comme des risques de suffocation ou des teneurs en substances chimiques nocives dépassant les seuils autorisés.

Ces constats, souligne Bruxelles, ont été, corroborés par des enquêtes menées par des autorités nationales et autres associations de consommations.

Le montant de l'amende est cependant très loin du plafond permis par le DSA, soit 6% du chiffre d'affaires annuel total de sa maison-mère PDD Holdings. Celle-ci a dégagé l'an dernier un chiffre d'affaires de 53 milliards d'euros.

Mais, selon la Commission, cela tient compte notamment de la durée de l'infraction, qu'elle avait accusé Temu d'avoir commise il y a moins d'un an.

- AliExpress et Shein dans le collimateur -

Il s'agit seulement de la 2e amende prononcée par Bruxelles au titre du DSA depuis l'adoption de cette puissante loi en 2022, après celle de 120 millions d'euros infligée à X, le réseau social d'Elon Musk, fin 2025.

Temu, qui connaît une progression fulgurante depuis son lancement en Europe en 2023, grâce à une stratégie de prix cassés, est la version internationale du mastodonte chinois du e-commerce Pinduoduo, né en 2015. Il propose un choix pléthorique de produits: vêtements, jouets, décoration, outils, high-tech...

La sanction impose au site chinois de soumettre à Bruxelles d'ici fin août des mesures visant à revenir dans les clous du DSA, sous peine d'amendes périodiques.

Les principaux rivaux asiatiques de Temu, AliExpress et Shein, sont également dans le collimateur de Bruxelles.

AliExpress, filiale du mastodonte chinois Alibaba, risque également une amende pour un motif similaire, à moins d'un règlement à l'amiable.

Bruxelles l'a accusée d'avoir aussi manqué à ses obligations en matière d'évaluation et d’atténuation des risques liés aux produits illégaux.

La plateforme asiatique Shein est également soupçonnée de plusieurs manquements au DSA, dans le cadre d'une enquête ouverte par Bruxelles en février, après l'affaire des poupées sexuelles d'apparence enfantine vendues sur son site.

Cette sanction contre Temu est tombée à la veille d'un débat au sein de la Commission consacré aux relations entre l'UE et la Chine, alors que le bloc a multiplié ces derniers mois les mesures pour protéger son marché face à une concurrence chinoise jugée souvent déloyale.

Cela concerne aussi bien l'industrie où l'Europe dénonce des surcapacités entretenues par d'importantes subventions de Pékin, et tente d'y répondre notamment via le soutien au "Made in Europe", que le commerce en ligne, où elle veut freiner le déferlement de produits à bas prix et ne respectant souvent pas ses normes, achetés entre autres sur Aliexpress, Shein ou Temu.

L'UE a ainsi mis en place une taxe de 3 euros par type d'articles sur les petits colis en provenance de Chine qui s'appliquera à partir de juillet, alors qu'ils étaient jusqu'ici exemptés de droits de douane.

V.Roy--PP