Petit Parisien - Levée de boucliers contre la Fifa, sommée de renoncer aux investissements privés

Paris -
Levée de boucliers contre la Fifa, sommée de renoncer aux investissements privés
Levée de boucliers contre la Fifa, sommée de renoncer aux investissements privés / Photo: Fabrice COFFRINI - AFP/Archives

Levée de boucliers contre la Fifa, sommée de renoncer aux investissements privés

Au lendemain de l'annonce de son projet d'ouverture aux investisseurs privés via la création d'une société dédiée, la Fifa est sous le feu des critiques politiques et sportives mercredi, avec en première ligne l'UEFA et l'Union européenne.

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L'UEFA, qui regroupe les fédérations européennes, a tenu une réunion d'urgence ce mercredi. "La Fifa ne peut pas continuer à utiliser notre sport pour s'enrichir elle-même et ses amis", a-t-elle dit dans un communiqué diffusé dans l'après-midi, évoquant une "opposition grandissante et significative".

"Pas touche à notre sport", a intimé de son côté l'UE par la voix du commissaire européen chargé notamment des Sports, Glenn Micallef, estimant sur X que "la commercialisation effrénée du football était devenue nocive" et que ce projet "menaçait ce qui fait du football le sport le plus populaire du monde".

"Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence", a-t-il ajouté, précisant que "la Commission européenne examinerait ces propositions avec la plus grande attention".

- "Fifa Forward Enterprise" -

Le projet présenté mardi par la Fifa prévoit la création d'une société, la Fifa Forward Enterprise (FEE), ouverte à des investisseurs extérieurs et chargée de gérer ses activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) et événémentielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.), promettant une manne de 10 milliards de dollars pour financer le développement du football.

"La Fifa, a-elle précisé, garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration", ainsi que "l'autorité exclusive" sur la gouvernance, les compétitions, le calendrier, etc. Ses partenaires pourraient eux "réaliser des investissements minoritaires, sans pouvoir de contrôle, dans la FFE".

Dans l'article qui a révélé le projet mardi, le quotidien The Times souligne que si la Fifa conserverait bien le pouvoir sur l'organisation du football international, ses décisions auraient une "énorme influence" sur les revenus de la FFE.

Ainsi, faire passer la Coupe du monde de 48 à 64 nations ou accélérer la fréquence du tournoi planétaire (qui se tient tous les quatre ans depuis sa création, en 1930) "gonfleraient inévitablement la valeur financière" de la nouvelle société.

- "Attaque absolue contre le foot" -

Le président de la fédération française, Philippe Diallo, a estimé que ce projet "soulève beaucoup d'interrogations" et a dit avoir signifié à Gianni Infantino, le président de la Fifa, la nécessité de "processus de décisions un peu plus transparents".

La fédération allemande a dénoncé elle une "attaque absolue contre le football", ajoutant qu'il y a "un large consensus au sein des fédérations membres (de l'UEFA, NDLR) à ce propos".

Les confédérations nord-américaines (Concacaf) et asiatiques (AFC) ont elles regretté que ce projet ait été rendu public sans que les 211 fédérations membres de la Fifa aient été consultées.

La FFE "lèverait 4,2 milliards de dollars" dès cette année, et "tous ses bénéfices nets seront réinvestis dans le football", assure la Fifa, qui promet à ses membres des retombées économiques.

D'après le journal The Times, Infantino a envoyé une lettre aux fédérations leur laissant jusqu'au 19 septembre pour se prononcer en faveur du projet, avec l'assurance de pouvoir toucher en échange 20 millions d'euros de financements supplémentaires dès le 1er janvier 2027. "Ça dit tout de ce projet", a commenté l'UEFA mercredi.

Pour concrétiser la création de cette société commerciale, soumise à validation par le Conseil de la Fifa, la Fifa travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump.

Toujours d'après The Times, Infantino, qui affiche régulièrement sa proximité avec le président américain, pourrait à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels qui pourraient être décuplés.

- Bras de fer Fifa/UEFA -

Ce projet de société commerciale s'inscrit dans la lignée de la volonté d'Infantino de "libérer le potentiel commercial" de la Fifa.

"D'un point de vue financier, le diable sera dans les détails. Quels seront les droits des investisseurs ? Comment leur investissement sera sécurisé ? Quelle part des revenus futurs leur reviendra ?", s'interroge sur X Antoine Duval, chercheur en droit international du sport à La Haye. "Il est probable qu'un gain à court terme cachera des pertes à long terme pour la Fifa."

Régulièrement critique de la Fifa, l'UEFA s'est déjà opposée à plusieurs reprises à l'instance mondiale du footbal.

Lors du Mondial-2026, elle s'est ainsi insurgée contre la levée de la suspension de l'attaquant américain Folarin Balogun, sur fond d'intervention de Trump auprès d'Infantino, estimant qu'une "ligne rouge" avait été franchie.

Le nouveau projet d'Infantino, pour l'heure seul candidat à sa réélection en mars 2027, pourrait ouvrir un nouvel acte de son bras de fer avec l'UEFA et son président, Aleksander Ceferin.

S.Lebrun--PP