Zuckerberg et Musk plaident au G20 pour davantage de centres de données pour l'IA
Les multimilliardaires Mark Zuckerberg et Elon Musk ont défendu mardi la construction de nouveaux centres de données et de centrales électriques pour les alimenter, lors d'une réunion de ministres du G20, en Caroline du Nord, consacrée aux bouleversements de l'intelligence artificielle (IA).
Les deux patrons américains intervenaient en visioconférence à Chapel Hill lors d'une réunion organisée par la Maison Blanche, qui entend convaincre le G20 de ne pas ralentir la course à l'IA par de nouvelles régulations gouvernementales.
Leurs interventions surviennent en pleine fronde contre les centres de données aux Etats-Unis, sujet majeur des élections de mi-mandat en novembre. Une majorité d'Américains s'y oppose, selon les sondages, sur fond de hausse des factures d'électricité et de nuisances sonores.
Lundi, Donald Trump avait fustigé les opposants aux centres de données, les accusant de faire le jeu de la Chine et leur prédisant de finir "arriérés et pauvres".
Le patron de Meta, Mark Zuckerberg, a estimé que leur construction apporterait "des centaines de milliers et peut-être des millions d'emplois" qualifiés.
Chez Meta, "nous ne trouvons pas les ouvriers qualifiés nécessaires pour construire les centres de données que nous essayons de bâtir", a-t-il dit.
Elon Musk a de son côté alerté sur une "crise" d'approvisionnement électrique qui avantage la Chine : "Il y aura un déficit d'électricité significatif l'an prochain", a prévenu le patron de Tesla et SpaceX, qui estime que l'IA fera croître l'économie mondiale de 20 à 30% par an, soit 20.000 à 30.000 milliards de dollars.
Le patron de SpaceX, qui a transformé son entreprise spatiale en champion de la location des centres de données, a justifié leur multiplication par la nécessité de pallier le "manque de puissance de calcul" provoqué par la croissance exponentielle des outils d'IA.
Devant les représentants européens -- Allemagne, France, Italie et la vice-présidente de la Commission européenne Henna Virkkunen --, le multimilliardaire a réitéré ses critiques: les innovations, selon lui, devraient être légales par défaut, or dans l'UE "les choses sont vues par défaut comme étant illégales", ce qui "ne stoppe pas" l'innovation mais "la freine considérablement".
Le patron de Google DeepMind, Demis Hassabis, également en visioconférence, a prédit qu'une IA atteignant les compétences humaines aurait un impact "dix fois" supérieur à celui de la révolution industrielle, "une immense chance" à saisir mais "de manière responsable".
-Autorégulation-
Washington espère obtenir un texte engageant à ne pas créer d'autorité de régulation de l'intelligence artificielle. Les "principes de Caroline" avanceraient, selon Bloomberg, plusieurs autres points : recourir aux régulateurs sectoriels existants plutôt qu'à une loi générale sur l'IA - à rebours de la démarche européenne - et favoriser une coopération entre Etats et entreprises pour tester les modèles.
L'administration Trump privilégie pour l'heure l'autorégulation. Seul un décret du 2 juin prévoit, en théorie sur la base du volontariat, de soumettre les modèles les plus avancés à un examen fédéral avant leur commercialisation. OpenAI a confirmé lundi à l'AFP avoir soumis Astra, son prochain modèle, à cette évaluation.
La réunion intervient six semaines après la révélation par OpenAI de l'intrusion, dans les systèmes de la plateforme franco-américaine Hugging Face, d'agents autonomes qu'elle testait. Des incidents comparables ont depuis été rapportés chez ses concurrents Anthropic, Meta ou encore le Chinois Moonshot AI.
L'affaire a relancé les appels à l'encadrement du secteur, du cofondateur de Microsoft Bill Gates, qui réclame un organe international de supervision, à M. Hassabis lui-même, partisan d'un organisme américain de test des modèles les plus puissants.
Le patron de Nvidia Jensen Huang et celui d'OpenAI Sam Altman sont attendus mercredi en personne pour des échanges avec le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, co-organisateur de la réunion avec le conseiller scientifique de la Maison Blanche, Michael Kratsios.
Les Etats-Unis, qui ont placé leur présidence du G20 sous le signe de l'allègement des contraintes réglementaires, accueilleront le sommet des chefs d'Etat les 14 et 15 décembre au Trump National Doral, à Miami.
Z.Menard--PP