Dettes des Etats: les taux d'intérêt continuent de mener la danse
Les taux d'intérêt à long terme de plusieurs pays ont battu des records vieux de deux décennies jeudi, sur fond de hausse des prix du pétrole et de craintes quant à la soutenabilité de la dette des États, avec notamment la présentation du budget 2027 par le gouvernement français.
Vers 14H00 GMT, le taux à dix ans des États-Unis s'établissait à 5,31% après une pointe à 5,34%, un sommet depuis 2002.
Autre record depuis 2002, le taux d'emprunt français à dix ans est monté jusqu'à 4,96%, avant de redescendre à 4,88% après la présentation du budget 2027 qui promet 43 milliards d'euros de "mesures de redressement" des finances publiques.
Le taux d'emprunt de la dette du Royaume-Uni à 10 ans a grimpé jusqu'à 5,50%, un nouveau plus haut depuis 2007, et celui à 30 ans a dépassé pour la première fois le seuil des 6% depuis 1998.
Le rendement allemand à 10 ans, référence en Europe, est monté jusqu'à 3,64%, avant de retomber à la mi-journée en dessous de son niveau de la veille, à 3,57%, un niveau équivalent à 2009.
Les obligations souveraines sont sous pression depuis plusieurs mois en raison de la flambée du pétrole, de la concurrence des géants de la tech qui arrivent en masse sur le marché de la dette pour financer l'intelligence artificielle (IA) et de craintes sur la soutenabilité budgétaire des États.
Ce jeudi, le Brent continuait de flirter avec les 100 dollars le baril (99,88 dollars, +1,89%). Le WTI américain s'échangeait à 90,68 dollars le baril (+0,29%).
La montée des prix de l'énergie provoque une montée de l'inflation partout dans les grandes économies et les investisseurs anticipent donc davantage de hausses des taux directeurs de la part des grandes banques centrales.
- La France sur le gril -
Dans ce contexte, la France est particulièrement surveillée, alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu a dévoilé dans la matinée son projet de budget pour 2027, dans un contexte d'incertitudes politiques croissantes.
Paris affiche sa volonté de "redresser" les finances publiques du pays. "Le réel nous rattrape", a indiqué le Premier ministre Sébastien Lecornu sur X, en évoquant le montant croissant des intérêts à payer.
Or, les investisseurs doutent de plus en plus de la capacité de la France à adopter un texte, alors que la situation politique est bloquée et que le pays affiche un déficit et une dette par rapport au PIB parmi les plus élevés en Europe.
D'autant que "le risque politique français ne se limite plus au Parlement et se projette déjà sur 2027", à quelques mois de l'élection présidentielle, relève John Plassard, analyste pour Cité Gestion Private Bank.
La "signature de la France est solide", a rappelé jeudi le ministre français de l'Économie Roland Lescure. "J'en veux pour preuve l'adjudication qui vient de se terminer ce matin : 12 milliards d'euros d'adjudication, une demande très importante".
- Les Bourses subissent, la tech surnage -
"Avec l'implosion des marchés obligataires, les risques de correction sur les marchés actions augmentent", souligne Fawad Razaqzada, analyste de marché à StoneX Trading et FOREX.com.
New York a cependant ouvert en hausse, propulsée par un regain d'intérêt pour les valeurs liées à l'IA, après les bons résultats du spécialiste des puces Micron qui a annoncé des prévisions supérieures au consensus des analystes.
Dans les premiers échanges, l'indice Nasdaq — qui comprend de nombreuses valeurs technologiques — progressait de 0,32%, l'indice élargi S&P 500 gagnait 0,21% et le Dow Jones était à l'équilibre (-0,01%).
"Lorsqu'on regarde les grands indices américains fortement pondérés en valeurs technologiques comme le S&P 500 ou le Nasdaq 100, on n'a pas vraiment l'impression que le marché boursier soit particulièrement faible", poursuit Fawad Razaqzada. Mais "d'autres indices comme le Russell 2000, composé de petites capitalisations, et le Dow Jones commencent à refléter cette faiblesse".
En Europe, vers 14H00 GMT, Paris cédait 1,22%, Londres 1,48%, Milan 1,51% et Francfort 0,53%.
Seules les valeurs technologiques profitaient des résultats de Micron.
Première capitalisation européenne, ASML gagnait 0,50% à Amsterdam, tout comme STMicroelectronics (+0,43%) à Paris et Infineon (+0,44%) à Francfort.
U.Muller--PP