Ryad revendique des frappes au Yémen et dit intercepter plusieurs missiles
La coalition militaire menée par l'Arabie saoudite a revendiqué mardi des frappes au Yémen contre des sites contribuant à "l'effort de guerre" des combattants Houthis, et annoncé avoir intercepté plusieurs missiles au-dessus de Ryad, où une explosion a retenti.
Les attaques menées récemment par les Houthis sur la pétromonarchie du Golfe, qui ont notamment fait 13 morts et des centaines de blessés samedi à l'aéroport de Ryad, ont atteint ces derniers jours un niveau sans précédent depuis l'entrée en guerre en 2015 au Yémen d'une coalition militaire conduite par l'Arabie saoudite pour soutenir le gouvernement yéménite.
En fin de journée, le porte-parole de la coalition, Turki al-Maliki, a confirmé des frappes contre des installations pétrolières à Sanaa, capitale du Yémen aux mains des combattants pro-iraniens, et contre d'autres infrastructures dans les provinces de Saada et de Dhamar.
Quelques heures plus tôt, la coalition avait appelé la population à évacuer en prévision d'une "opération spéciale" à Sanaa, ce qui constituait le premier message de ce type depuis la reprise des hostilités en juillet au Yémen, après des années d'accalmie.
Ciblée dans la capitale yéménite, la Yemen Petroleum Company (YPC) a assuré qu'elle avait pris "toutes les mesures de précaution nécessaires" avant les frappes. L'attaque n’a eu "aucune incidence sur les stocks ni sur l’approvisionnement", a-t-elle affirmé.
- Missiles interceptés -
Les combattants pro-iraniens avaient prévenu plus tôt: toute attaque sur Sanaa "entraînera une riposte sévère et douloureuse" contre "l'ennemi saoudien". Ils ont affirmé vouloir viser une raffinerie et l'aéroport international de Ryad, ainsi que des locaux du géant pétrolier Aramco, enjoignant les civils à "s'éloigner" de ces cibles.
Dans la soirée, plusieurs explosions ont retenti : une dans la capitale saoudienne, constatée par des journalistes de l'AFP, d'autres sur un site d'Aramco dans l'est du pays, rapportée par des témoins. Elles n'ont pas été revendiquées dans l'immédiat.
Les autorités saoudiennes, qui ont émis plusieurs alertes par SMS à destination de la population, ont indiqué avoir intercepté et détruit plusieurs drones et missiles balistiques : trois se dirigeaient vers la capitale et le sud du royaume, un autre a été lancé "en direction de Dhahran", qui abrite le siège d'Aramco, et un dernier vers Harad, dans la province orientale, qui héberge des installations pétrolières.
"Personne ne parlait. On avait peur et on regardait tous le ciel", a-t-il ajouté.
- Contraction du PIB -
Premier exportateur de brut mondial et plus grande économie du Moyen-Orient, l'Arabie saoudite est ébranlée par les intenses attaques houthies de ces derniers jours, d'autant que le royaume paye déjà le prix du conflit au Moyen-Orient, en particulier le verrouillage par l'Iran du détroit stratégique d'Ormuz.
Mardi soir, deux nouveaux navires, un navire-citerne et un porte-conteneurs, ont été touchés par des projectiles d'origine inconnue dans ce détroit, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), le royaume saoudien devrait terminer l'année sur une contraction de 3,3% de son PIB, un recul de 5 points par rapport à la précédente prévision, en juillet.
L'estimation ne tient pas compte des dernières attaques, ni de la prise de contrôle par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb et du littoral yéménite sur la mer Rouge, qui risquent également de peser sur l'économie saoudienne.
Au Yémen, malgré les frappes de l'aviation saoudienne, les combattants pro-iraniens ont resserré leur étau sur Taëz, troisième ville du pays.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a alerté sur l'urgence d'une "désescalade au Moyen-Orient", avertissant qu'une intensification des hostilités serait "désastreuse" pour des dizaines de millions de personnes.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a elle affirmé que le nombre de suspicions de cas de choléra au Yémen avait triplé en trois semaines, accentuant la pression sur les structures de santé, déjà mobilisées pour soigner des milliers de personnes blessées par les combats.
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Q.Perrot--PP