Microsoft finance encore seul l'IA, mais n'exclut plus d'emprunter
Microsoft a vu son informatique en ligne, socle de l'intelligence artificielle (IA), accélérer entre juillet et septembre sans s'endetter, mais n'exclut plus d'emprunter, alors que les marchés s'inquiètent des sommes colossales empruntées par le secteur.
Sa plateforme Azure, qui loue aux entreprises de la puissance de calcul et des outils d'IA, a vu ses revenus bondir de 48% sur un an.
Le chiffre d'affaires, dont plus d'un tiers repose sur Azure, atteint 92,3 milliards de dollars sur le dernier trimestre et Microsoft en attend plus de 96 milliards sur le trimestre en cours, au-dessus des attentes.
La directrice financière Amy Hood s'est félicitée d'une croissance d'Azure encore plus rapide pour le trimestre en cours, d'au moins 49%. "La demande des clients continue de dépasser l'offre disponible", a-t-elle souligné.
Le titre gagnait plus de 2% dans les échanges électroniques après la clôture de Wall Street.
Ces résultats offrent un élément de réponse à la question qui agite les investisseurs depuis des mois : les grands bâtisseurs de centres de données -- Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft --, qui prévoient d'investir à eux quatre plus de 700 milliards de dollars cette année, en tireront-ils des revenus suffisants ?
Chez Alphabet, l'informatique en ligne accélère aussi : les revenus de Google Cloud, publiés mercredi, ont plus que doublé sur un an au troisième trimestre (+102%), réduisant l'écart avec Azure. Le numéro un du secteur, AWS, filiale d'Amazon, publiera ses résultats jeudi.
"L'accélération de la demande nous a conduits à ajouter 24 nouveaux centres de données sur cinq continents ce trimestre", a indiqué le patron de Microsoft, Satya Nadella, lors de la conférence aux analystes.
Le groupe a investi 45,2 milliards de dollars sur le trimestre, contrats de location compris, près de 30% de plus qu'un an plus tôt. Environ les trois quarts sont allés aux processeurs et aux puces, renchéris par la hausse du prix de la mémoire.
– Recours à l'emprunt –
Microsoft a financé ces achats par son activité, et a même remboursé 4,85 milliards de dollars de dette sur le trimestre.
Amy Hood a toutefois ouvert la porte à d'autres financements, alors que les investissements, ramenés à environ 170 milliards de dollars sur l'année 2026 (contre 175 prévus) du seul fait des retards de livraison, doivent réaccélérer dès le début de 2027.
"Pour compléter la trésorerie et préserver notre flexibilité financière, nous ferons appel à d'autres sources de financement lorsque nous le jugerons opportun", a-t-elle déclaré, sans préciser lesquelles.
Meta a annoncé lundi une levée de 35 milliards de dollars en actions pour financer ses ambitions dans l'IA. Oracle, endetté à hauteur de 125 milliards de dollars et que des analystes considèrent comme un baromètre des craintes sur la dette de l'IA, a enchanté les marchés mercredi en annonçant limiter ses nouvelles levées de fonds à 20 milliards d'ici 2030.
Depuis janvier, les acteurs de l'IA ont emprunté près de 500 milliards de dollars, une déferlante qui alimente la hausse des taux d'emprunt.
Le point faible de Microsoft reste sa dépendance à OpenAI, dont il détient environ 27% et dont les engagements pesaient près de la moitié de son carnet de commandes en début d'année.
Pour s'en affranchir, le groupe développe sa propre puce, Maia 300, qu'il prévoit de déployer à partir de 2027, et ses propres modèles d'IA.
Son objectif est "d'offrir des capacités comparables à celles des modèles de pointe dans les trois à six mois suivant leur sortie, pour une fraction du coût d'entraînement", a expliqué Satya Nadella.
– Moins de salariés –
Ces résultats tombent deux jours après l'offre de départs volontaires faite à environ 60.000 salariés, plus du quart des effectifs, sans condition d'âge ni d'ancienneté.
Ses effectifs avaient déjà reculé sur un an pour la première fois depuis 2016 à fin juin, avant environ 4.800 suppressions de postes en juillet.
Microsoft dit vouloir gagner en efficacité et conteste chercher à réduire les coûts.
Côté grand public, les revenus de Windows préinstallé sur les ordinateurs ont chuté de 27%, plus que prévu par le groupe, notamment en raison d'un marché du PC plus faible, selon Amy Hood.
K.Marchand--PP