Petit Parisien - Ukraine, minerais, IA : l'UE et le Canada scellent un rapprochement inédit

Paris -
Ukraine, minerais, IA : l'UE et le Canada scellent un rapprochement inédit
Ukraine, minerais, IA : l'UE et le Canada scellent un rapprochement inédit / Photo: Christopher Katsarov - POOL/AFP

Ukraine, minerais, IA : l'UE et le Canada scellent un rapprochement inédit

L'Union européenne et le Canada ont scellé vendredi l'alliance "la plus étroite jamais conclue" entre un pays non européen et l'UE, passant notamment par une coopération accrue dans des domaines stratégiques comme les minerais critiques ou l'intelligence artificielle.

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Fort symbole, le Canada a par ailleurs annoncé son intention de participer au prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'UE à l'Ukraine.

Grâce à cette alliance, "le Canada et l’UE seront mieux outillés pour relever les défis mondiaux communs", indique la déclaration commune publiée à l'issue du sommet.

Cette alliance est synonyme de "souveraineté", de "plus grande résilience" et doit permettre aux deux partenaires de "résister ensemble aux chocs" dans un monde dominé par les États-Unis et la Chine, a dit le Premier ministre canadien Mark Carney.

L'UE et le Canada - déjà liés depuis dix ans par un traité de libre-échange, le CETA - ont accéléré leur rapprochement depuis le retour au pouvoir début 2025 du président américain Donald Trump, avec qui leurs relations sont houleuses.

Mais le sommet organisé jeudi et vendredi à Montréal leur a permis d'aller beaucoup plus loin en bâtissant "l'association la plus étroite, la plus profonde et la plus solide jamais conclue entre l'Union européenne et un pays non européen. Le Canada est de loin le pays le plus européen parmi les pays non européens", a insisté le président du Conseil européen Antonio Costa.

L'UE et le Canada ont signé une série d'accords pour étendre leur coopération à plusieurs secteurs stratégiques, de l'intelligence artificielle aux minerais critiques.

Le sous-sol canadien regorge en effet de ces minerais dont l'industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital, notamment dans la fabrication de batteries de voitures électriques ou d'éoliennes.

Mais le Canada, qui veut réduire sa dépendance à l'égard des États-Unis, a besoin d'attirer des investisseurs pour accélérer le lancement de projets miniers. Un accord signé vendredi permettra à la Banque européenne d'investissement (BEI) d'en financer.

- Union dans l'IA -

L'UE et le Canada vont aussi travailler ensemble sur l'IA afin de tenter de défendre leur souveraineté face à la domination des États-Unis et de la Chine dans ce domaine.

Concrètement, les chercheurs et entreprises canadiennes pourront avoir accès à l'infrastructure européenne de supercalculateurs de pointe afin de les aider à développer des systèmes d'IA souverains et sûrs.

Le Canada a annoncé jeudi investir un milliard d'euros dans l'entreprise d'IA canadienne Cohere, déjà alliée à l'allemand Aleph Alpha, ce qui en fait, selon M. Carney, "un exemple concret de ce que le Canada et l'Europe peuvent bâtir ensemble".

"Nous n'allons pas attendre que l'avenir de l'IA soit décidé ailleurs par des gens que nous ne connaissons pas ou en qui nous n'avons pas confiance", a insisté le Premier ministre canadien.

- "Bénéfices" pour Washington -

D'autres accords ont été dévoilés sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, ou sur la future intégration ou participation du Canada à plusieurs programmes européens comme Galileo, un système de navigation par satellite qui offre une alternative au système américain GPS, ou Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l'étranger.

Le renforcement du partenariat entre l'UE et le Canada doit aussi passer par un alignement de leurs politiques en matière d'intelligence artificielle ou de climat et par un cadre de coopération régulier entre leurs parlements, exécutifs et tribunaux respectifs.

Au-delà, les deux partenaires veulent ouvrir à terme leur concept d'"Alliance pour l'Avenir" à d'autres alliés fiables comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Australie. L'idée serait de jeter les bases d'une coordination en matière économique et douanière dans un monde chamboulé par les surtaxes de Donald Trump.

Ce rapprochement entre le Canada et l'UE a suscité la colère de Donald Trump, qui l'a qualifié "d'acte hostile". Mark Carney, qui a tenu tête au président américain en rompant fin août les négociations commerciales avec la Maison Blanche, a tenté de le rassurer jeudi en assurant que les États-Unis en "verront les bénéfices".

V.Roy--PP