Petit Parisien - Moissons nocturnes, risque de feu: coup de chaud dans les champs

Paris -
Moissons nocturnes, risque de feu: coup de chaud dans les champs
Moissons nocturnes, risque de feu: coup de chaud dans les champs / Photo: JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP/Archives

Moissons nocturnes, risque de feu: coup de chaud dans les champs

Pour ménager les corps et limiter les risques d'incendie, ils moissonnent tôt le matin et le soir jusquà la nuit tombée: dans la plaine céréalière d'Aunis, près de La Rochelle, les agriculteurs adaptent leurs horaires à la canicule, qui met aussi les machines à rude épreuve.

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Mercredi matin, à 09H30, Vincent Penon peste contre sa moissonneuse-batteuse tombée en panne, comme son enrouleur d'irrigation, en plein pic de la moisson, très précoce, comme depuis plusieurs années avec le dérèglement climatique.

"Quand il fait plus de 40 degrés, les machines n'aiment pas ça", commente, outil en main, Stéphane Baron, céréalier voisin, qui a acheté la moissonneuse avec Vincent Penon et sa femme Muriel, couple de quinquagénaires installé à Virson, en Charente-Maritime, placée en vigilance rouge canicule depuis dimanche.

"La chaleur perturbe l'électronique", ajoute Muriel Penon, qui élève des vaches limousines et produit des grandes cultures (blé, orge, maïs, etc.).

- Arrêté préfectoral -

Il faudra l'intervention d'un réparateur pour trouver l'origine du mal et débuter la moisson, peu avant midi.

Mais mauvaise nouvelle, le bruit suspect revient rapidement. "C'est une tôle qui est tordue et qui frotte contre une autre. Nous devons nous arrêter. Hors de question de prendre des risques avec cette chaleur", soupire Stéphane Baron, craignant un départ de feu.

Par ces températures, "ça va très vite", poursuit-il. "Souvent ce sont des poussières sèches qui viennent se frotter au pot de la moissonneuse, par exemple. Ces machines ont plein de mouvements rotatifs, la moindre étincelle peut mettre le feu".

Pour enlever un maximum de poussière et résidus de récoltes, ils passent plus d'une heure par jour à nettoyer la machine avec un souffleur.

"C'est hyper stressant. Je suis sans arrêt en train de renifler, car c'est au nez qu'on sent si ça part", confie Muriel Penon.

C'est notamment pour prévenir les feux de cultures, qui se sont multipliés ces dernières semaines dans le Sud-Ouest, que la préfecture de Charente-Maritime a interdit les activités de récoltes de grandes cultures, fenaison, fauche et pressage entre 14H00 et 19H00. Pour Muriel Penon, "c'est du bon sens". "Avec de telles chaleurs, c'est débile de prendre le risque de faire un malaise ou qu'il y ait un incendie", dit-elle. Lundi, une lame était "bouillante". "On a été obligés de mettre de l'eau pour la refroidir. C’était à deux doigts de faire brûler la machine".

Au volant de son tracteur vert auquel est attelée une grande remorque, elle a juste le temps de déposer avant 14H00 les grains de blé au silo de la coopérative Terre Atlantique.

D'ordinaire ouverte de 8H30 à 22H00, la structure a adapté ses horaires. "On travaille de 8H00 à 14H00 et de 20H00 à 2H00. C'est plus agréable la nuit, il fait moins chaud. Ça devient respirable. Dans la matinée, c'est étouffant", témoigne Thomas Vinet, salarié de la coopérative.

- Recrutement "compliqué" -

Comme beaucoup, les trois céréaliers sont contraints de moissonner la nuit. "Avec mon mari, ce n'est pas trop dans nos habitudes. On n'est pas très couche-tard mais on est bien obligés de s'adapter, car il faut faire les récoltes. Lundi soir, on a terminé à 02H00", témoigne Muriel Penon.

Malgré les éclairages présents sur les machines, "on voit moins bien", assure la professionnelle.

Sur le territoire, les canicules reviennent plus fréquemment: 2003, 2019, 2022, et désormais 2026. "Plus on avance, plus les années se rapprochent", relève-t-elle.

Et avec "les moissons de plus en plus tôt", "c'est compliqué pour le recrutement" dans les silos, "car les jeunes sont actuellement en pleine période d'examens", dit Muriel Penon.

Pour s'adapter au changement climatique, Elle et son mari "plantent des haies", "en réfléchissant intelligemment à leur réimplantation", mettent en place des "couverts végétaux entre deux cultures" et étudient d'autres solutions.

"On s'est posés la question de faire du lin, qui demande moins d'eau, et aussi du miscanthus. Mais il faut trouver les débouchés", conclut-elle.

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W.Aubert--PP