Petit Parisien - Au Porge, après le mégafeu, une population "à bout" et "traumatisée" avant la rentrée scolaire

Paris -
Au Porge, après le mégafeu, une population "à bout" et "traumatisée" avant la rentrée scolaire
Au Porge, après le mégafeu, une population "à bout" et "traumatisée" avant la rentrée scolaire / Photo: Christophe ARCHAMBAULT - AFP

Au Porge, après le mégafeu, une population "à bout" et "traumatisée" avant la rentrée scolaire

Il y a eu 183 maisons détruites et 7.000 hectares partis en fumée : au Porge, commune girondine la plus durement touchée par le mégafeu de juillet, la rentrée scolaire se prépare avec le poids du "traumatisme" d'une population "à bout" et en colère.

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L'école Jean Degoul, intacte comme le bourg qui l'entoure, ferait presque oublier la désolation à quelques encablures, le long des avenues du Médoc et du Bassin-d'Arcachon, où se trouvaient la plupart des maisons détruites.

En Gironde, le feu parti de Saumos le 22 juillet a été fixé le 1er août, après avoir parcouru 42.000 hectares, du jamais vu depuis 1949 en France.

Au sein du groupe scolaire qui accueille 275 enfants âgés de trois à 11 ans, "les effectifs seront complets mardi, aucun report d'inscription n'a été relevé", assure à l'AFP le recteur de l'académie de Bordeaux Jean-Marc Huart, qui précise que 45 élèves, scolarisés au collège voisin de Lège-Cap-Ferret ou à l'école du Porge, ont été touchés par la perte de leur domicile.

Une cellule d'écoute psychologique sera mise en place dans les établissements, au regard du "traumatisme global de ceux qui ont perdu leur maison mais aussi de ceux qui ont été évacués", indique M. Huart.

Marc Dalla Samba, sa compagne et leurs deux enfants adolescents ont perdu le logement dont ils étaient locataires et enchaînent depuis les relogements.

"On a perdu tous nos repères", dit le père de famille de 50 ans. "Mon garçon et la fille de ma compagne ne veulent plus revenir au Porge. Ma compagne, choquée, est en arrêt (maladie)."

La famille a trouvé une location temporaire à Andernos, à une vingtaine de kilomètres, plus près du lycée. "Cela fera du bien aux enfants de retrouver leurs camarades, de faire autre chose". Mais il faudra à nouveau déménager en mai.

- "Retrouver ses amis" -

En août, des collectes de fournitures scolaires ont été organisées pour doter les élèves sinistrés, raconte Sébastien Dréan, pour l'association des parents d'élèves du Porge.

Les habitants "sont fatigués, la rentrée leur est sortie de la tête et on voulait les libérer de cette charge", dit le père de deux enfants de sept et 15 ans, qui vit "un moment très compliqué parce qu'on a tous un copain dont la maison est détruite".

Justine Benesse, 32 ans, dont la maison a brûlé, est "soulagée" que sa fille de six ans puisse faire sa rentrée dans l'école de la commune, "où elle va retrouver ses amis, qui ont vécu la même chose qu'elle".

La petite se bouche encore les oreilles lorsqu'elle entend un camion de pompiers, "parle de Canadair dès qu'elle voit un avion dans le ciel" et demande "s'il y a le feu" quand le ciel rougeoie un peu trop fort au coucher de soleil.

L'école va "faire du bien, on est obligés de reprendre une vie", estime la trentenaire, "très en colère" face au sort du Porge où "on est tous psychologiquement atteints".

- "A bout" -

Une colère qui est "remontée" après une réunion publique, le 26 août, animée par la préfète Sophie Brocas, en présence des services de l'État et du patron des sapeurs-pompiers de Gironde.

"On nous prend pour des pauvres villageois sans cerveau, j'ai entendu beaucoup de condescendance", commente Justine Benesse.

Dans la salle des fêtes du Porge, mercredi, où environ 500 personnes avaient pris place, une mère de famille, longuement applaudie, a raconté sa soirée du 22 juillet, passée à fuir les flammes dans la plus grande confusion, ballotée d'un point à un autre avec ses deux enfants à l'arrière de la voiture, "alors que les flammes étaient là".

Comme d'autres, elle a exprimé d'une voix tremblante de colère sa peur pour la vie de ses enfants. "Entendre que l’État a fait ce qu'il a pu et que tout a été fait plus ou moins correctement est insoutenable pour de nombreux habitants, beaucoup sont à bout", résume Louise Henrard, kinésithérapeute de 37 ans, mobilisée lors de l'incendie pour apporter des soins aux pompiers.

Pour Blandine Caulier-Diaz, adjointe à l'Enfance et à la jeunesse de Lège-Cap-Ferret, "certains jeunes vont très bien, mais si les parents craquent dans les prochains mois, l'enfant va aller mal et il ne faudra pas laisser ces signes de côté".

U.Lefort--PP