Petit Parisien - En Autriche, la fronde contre le centre de données de Google

Paris -
En Autriche, la fronde contre le centre de données de Google
En Autriche, la fronde contre le centre de données de Google / Photo: Joe Klamar - AFP

En Autriche, la fronde contre le centre de données de Google

"Google go home!": comme ailleurs en Europe, le géant américain fait face à une fronde en Autriche contre l'installation de son premier centre de données, sur fond de débat sur le coût environnemental d'un secteur en pleine expansion.

Taille du texte:

"Il faut repenser la croissance infinie", déclare à l'AFP Christina Gruber, une opposante à cette implantation phare dans une bourgade près de la ville de Linz (nord), sur un site aussi grand que 70 terrains de football.

Contre le futur complexe de 50 hectares à Kronstorf, elle a organisé une manifestation devant l'hôtel de région de Haute-Autriche, à laquelle environ 400 personnes ont pris part en septembre.

Cette artiste âgée de 38 ans s'inquiète des effets de l’intelligence artificielle (IA) sur le réchauffement climatique et de la quantité d’eau nécessaire pour refroidir les centres de données.

Elle dénonce aussi un "manque de transparence", déplorant que les habitants n’aient pas été consultés "afin de savoir s'ils sont d'accord pour sacrifier leurs ressources".

Ni le maire de la commune, ni la région n’ont répondu aux demandes de l’AFP et les protestataires déplorent des questions restées sans réponse.

La seule première phase pourrait consommer jusqu’à 1,31 TWh d’électricité par an, selon des médias locaux — soit à peu près la consommation annuelle de 375.000 foyers.

Alors que comme une grande partie du continent, l'Autriche a enregistré cet été des records de température, le réalisateur Alex Stockinger, 27 ans, juge "qu'utiliser autant d’électricité va dans la mauvaise direction".

La construction a commencé en avril, avec une première pelletée immortalisée par une cérémonie à laquelle ont participé des élus régionaux et des représentants de l'entreprise, pour un démarrage partiel en 2027.

Thomas Stelzer, le gouverneur de la Haute-Autriche, a alors déclaré que le centre enverrait "un signal fort pour la région en tant que centre d’affaires et d’innovation".

Une belle opportunité de développement, pour un territoire proche de l'Allemagne qui concentre déjà les secteurs industriels de pointe et constitue un moteur économique.

Google n’a pas révélé le coût du projet, le décrivant seulement comme un "investissement significatif", avec la création d'une centaine d'emplois directs et des retombées importantes.

L'entreprise technologique affirme que ses centres de données comptent parmi les plus efficaces au monde sur le plan énergétique et qu'elle participera à des initiatives locales de durabilité.

- "Visible matériellement" -

L’Europe est très en retard sur la Chine et les Etats-Unis pour accompagner le développement fulgurant de l'IA par la création de bâtiments remplis de serveurs informatiques.

Elle veut donc tripler sa capacité dans les sept ans qui viennent, alors qu'il existe déjà des centaines de sites.

Les centres de données figurent parmi les secteurs connaissant la croissance la plus rapide au monde. Ils ont consommé à eux seuls environ 68 TWh d'électricité dans l'UE en 2024.

Cette consommation devrait pratiquement doubler pour atteindre 114 TWh d'ici 2030, soit plus de 3% de la demande totale d'électricité de l'UE, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Mais les protestations se multiplient, notamment en France. En Espagne, les habitants de la région d’Aragon ont engagé des actions en justice contre un vaste projet d’Amazon.

Amsterdam a imposé un moratoire sur la construction en raison de préoccupations liées à l’espace et à l’approvisionnement en énergie.

Le Danemark, lui, a relégué les centres de données en bas de sa liste de priorités pour les raccordements au réseau, voulant prévenir une pression accrue sur son système électrique.

D'après Francesca Musiani, spécialiste de l’Internet au CNRS en France, les infrastructures numériques traditionnellement "assez éloignées de la vie des gens" deviennent "plus visibles matériellement", avec ces centres de données.

Les récentes protestations mettent en lumière "une tension entre l'expansion rapide de l’IA et les objectifs climatiques", soulevant des questions plus vastes sur la gouvernance du numérique en Europe.

En avril, une enquête d'un collectif de journalistes avait reproché à Bruxelles d'avoir permis aux géants de la tech de garder secrète la conséquence écologique de leurs projets.

Et lundi, l'UE a proposé un système inédit de notation de l'empreinte environnementale des "data centers".

W.Adam--PP