Accusé d'être contrôlé par les Américains, le géant de l'audiovisuel Mediawan affirme son ancrage français
Mediawan, géant mondial de la production derrière les succès "10 pour cent" ou "Miraculous" et prestataire important de France Télévisions, a tenté de rassurer jeudi sur son ancrage français devant l'Assemblée nationale, malgré l'insistance de députés sur le rôle de son actionnaire américain.
Le groupe fondé en 2015 par le trio de Français Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, et devenu un géant mondial présent à Hollywood, était auditionné jeudi par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, car il produit des magazines emblématiques comme "C à vous" ou "C dans l'air" sur France Télévisions.
Les députés n'ont pu entendre que M. Capton le matin. Prévue l'après-midi, l'audition de Matthieu Pigasse et de Xavier Niel a dû être reportée, à cause d'un "empêchement urgent" de M. Niel, a annoncé le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus, précisant qu'il l'a "(reprogrammera) fin mars".
Le rendez-vous était attendu, car le rapporteur de la commission, le député de l'UDR, allié du RN, Charles Alloncle, a ciblé plusieurs fois Mediawan. Selon lui, la "première société de production à bénéficier des contrats avec France Télévisions" serait majoritairement détenue "par un fonds d'investissement américain, KKR". Une manière de dénoncer que des fonds publics financeraient des intérêts étrangers.
"J'aimerais (...) qu'on ne dise plus dans le cadre de cette commission d'enquête que Mediawan est un groupe sous contrôle américain, ce qui n'est pas le cas", a voulu mettre au point M. Capton dès le début de son audition.
"Mediawan est un groupe français au sens juridique, fiscal et opérationnel. Son contrôle est français (...) Notre siège est à Paris, nos équipes sont en France, nos décisions stratégiques sont prises en France, le groupe dans son ensemble est soumis au droit français, à la fiscalité française et aux obligations sociales françaises", a-t-il énuméré.
- "secret des affaires" -
Pas suffisant aux yeux de Charles Alloncle, qui s'est attardé sur le sujet pendant plus d'une heure, parfois épaulé par le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus (Horizons). Ce dernier a souligné le contexte de "guerre audiovisuelle et cinématographique" avec les États-Unis de Donald Trump.
"KKR est un actionnaire important qui n'a ni le contrôle ni la majorité", a insisté M. Capton.
Le dirigeant a néanmoins refusé de lever le voile sur la répartition du capital du groupe au chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros dans le monde en 2024, au nom du "secret des affaires", Mediawan n'étant plus coté en bourse.
La montée de KKR dans le capital de Mediawan en 2020 avait accéléré sa dimension internationale. Le groupe, qui a racheté en 2017 AB Productions, emblématique en France pour ses émissions de jeunesse, rassemble 80 maisons de productions dans le monde, dont les sociétés américaines Plan B, présidée par Brad Pitt, ou The North Road Company, acquise début 2026. Mediawan peut se targuer d'être derrière des succès-phares comme la série "Adolescence" sur Netflix ou les films "Le comte de Monte-Cristo" ou "F1".
De quoi relativiser l'importance de France Télévisions dans son modèle économique, a tenté de démontrer M. Capton.
"Notre développement ne repose pas sur le service public", a-t-il assuré, précisant que "France Télévisions représente moins de 5% de l'activité consolidée de Mediawan" au niveau mondial, mais "25% en France", pour un montant annuel d'environ 100 millions d'euros de contrats.
Depuis le début des travaux de la commission, Charles Alloncle dénonce les "conflits d'intérêts" et l'opacité qui règnerait selon lui dans l'audiovisuel public, qu'il accuse aussi de pencher idéologiquement à gauche.
Jeudi, il a demandé à M. Capton s'il n'était pas gêné par le positionnement politique de Matthieu Pigasse, patron du groupe de presse Combat (Les Inrockuptibles, Radio Nova) qui revendique sa volonté de contrer le RN, "en rupture" avec "les missions de service public" de France Télévisions selon Charles Alloncle.
"Les prises de parole de Matthieu Pigasse se font à titre personnel et elles n'engagent jamais Mediawan", a assuré M. Capton.
"M. Pigasse a des journaux, des radios d'opinion", mais à Mediawan, "on répond à la ligne éditoriale de nos clients", a-t-il ajouté.
G.Hubert--PP