Petit Parisien - Cécile Kohler et Jacques Paris, la fin du cauchemar de deux enseignants qui rêvaient d'Iran

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Cécile Kohler et Jacques Paris, la fin du cauchemar de deux enseignants qui rêvaient d'Iran
Cécile Kohler et Jacques Paris, la fin du cauchemar de deux enseignants qui rêvaient d'Iran / Photo: HANDOUT, Handout - FAMILY HANDOUT/AFP/Archives

Cécile Kohler et Jacques Paris, la fin du cauchemar de deux enseignants qui rêvaient d'Iran

Cécile Kohler et Jacques Paris ont pu quitter l'Iran mardi après plus de trois ans de détention. Ces deux enseignants français, férus de littérature et de voyages, réalisaient leur rêve de parcourir ensemble ce pays quand ils avaient été arrêtés et accusés d'espionnage.

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La France a découvert leur visage après leur arrestation, le 7 mai 2022, au dernier jour d'un voyage touristique: d'abord le portrait d'une jeune femme souriante, cheveux châtain mi-longs ; puis, après quelques semaines de discrétion, celui de son compagnon, un retraité aux yeux pétillants derrière des lunettes.

Le couple avait été libéré de la sinistre prison d'Evine en novembre, après trois ans et demi de captivité, mais était assigné à l'ambassade de France à Téhéran depuis.

L'enseignante originaire de Soultz, en Alsace (est), avait passé le 25 septembre 2025 son 41e anniversaire derrière les barreaux. Le quatrième dans ce pays qu'"elle rêvait de visiter depuis des années", confiait récemment à l'AFP sa sœur cadette Noémie, qui s'est démenée depuis le premier jour pour la faire libérer.

"Cécile nous envoyait des photos de ce qu'elle mangeait, quand elle prenait le thé", raconte-t-elle: "On a eu des photos de la mosquée d'Ispahan (ancienne capitale de l'empire perse, ndlr), du palais du Golestan, de la tour Azadi à Téhéran... Elle me disait que ce pays était +absolument incroyable+, elle était très heureuse".

- Explorer le monde -

Si plus de 30 ans la séparent de Jacques (72 ans), le couple voue une passion commune à "la littérature, la poésie, l'histoire de l'art, et le besoin de voir comment les gens vivent ailleurs", précise Noémie Kohler.

"Mon père a toujours voyagé (...) Cette ouverture au monde l'anime", confirme l'une de ses deux filles, Anne-Laure Paris, 41 ans. "Il est allé plusieurs fois en Iran, mais aussi dans plein d'autres pays, toujours avec ce goût d'explorer le monde".

Elle, agrégée de lettres modernes, et privée de livres pendant sa détention, "a toujours énormément lu", selon sa sœur. "Proust, Dostoïevski... Chez mes parents, on a encore des bibliothèques énormes remplies de ses livres".

Son entourage la décrit tantôt comme une grande sœur "à l'écoute", tantôt comme une une amie "généreuse". C'est une collègue "déterminée", "élégante", "engagée", "fiable", disent les enseignants qui l'ont côtoyée.

Depuis 2009, elle enseigne en lycée et tente de transmettre son goût des lettres à des élèves parfois éloignés des auteurs classiques. "Cela se voyait qu'elle était passionnée et ça faisait la différence", se remémore Elise Romain, qui l'a eue en classe de seconde dans un établissement de Sartrouville (région parisienne): "elle me donnait envie de réussir".

Lui aussi a obtenu l'agrégation, en mathématiques. "Jacques, c'est le mathématicien dans toute sa splendeur", selon Marie-Brigitte Huet, qui l'a connu au lycée Clémenceau de Nantes (ouest), où il a enseigné toute sa carrière jusqu'à sa retraite au début des années 2010.

Sportif, amateur de semi-marathon, c'est un homme "cultivé", "très posé, qui réfléchit, qui analyse", raconte cette enseignante, évoquant un professeur "très apprécié" de ses élèves comme de ses collègues, "parce qu'il est bienveillant".

"Il a toujours été très soutenant dans nos études, c'est quelque chose d'important pour lui", ajoute sa fille. "Les rares fois où j'ai pu l'avoir au téléphone ces trois dernières années, j'ai parlé de son petit-fils qui est entré à l'école (...) Il est fier de pouvoir dire qu'il a transmis sa bosse des maths, jusqu'à son petit-fils".

- Syndicalistes engagés -

Investis, Cécile Kohler et Jacques Paris l'étaient aussi dans le milieu syndical.

Tous deux ont milité de longue date au sein de Force ouvrière (FO), où elle est encore chargée des relations internationales pour la Fédération de l'Enseignement, de la Culture et de la Formation Professionnelle (FNEC FP-FO).

Un argument utilisé à charge par les autorités iraniennes, qui les a accusés d'avoir rencontré des syndicalistes iraniens durant leur séjour.

Au lycée Les Pierres Vives, de Carrières-sur-Seine (région parisienne), où Cécile Kohler travaille, cet engagement a marqué les esprits. "C'est la personne qui m'a aidée quand j'en ai eu le plus besoin", retrace Saliha, agent d'entretien. Une femme qui "donnait à nous, agents d'entretien, autant d'importance que les professeurs".

Lors d'un conflit avec un supérieur hiérarchique, endossant le rôle de médiatrice, "elle nous a soutenus, (...) elle nous a montré que notre travail était important", explique-t-elle.

La jeune femme espérait être mutée à Nantes pour se rapprocher de son compagnon à partir de septembre 2022. Une rentrée qu'ils ont finalement passée en prison.

M.Perrier--PP