Les Européens tempèrent les ardeurs ukrainiennes d'adhésion à l'UE
Les dirigeants européens, réunis vendredi en sommet à Chypre, ont tempéré les ardeurs d'adhésion rapide de l'Ukraine à l'Union européenne, en dépit des appels pressants de son président Volodymyr Zelensky.
"Il est clair pour tout le monde qu'une adhésion immédiate de l'Ukraine à l'UE n'est bien sûr pas possible", a résumé le chancelier allemand Friedrich Merz.
L'adhésion d'un pays à l'UE est "un processus long, très difficile, mais nous ne pouvons pas essayer de fixer des échéances artificielles en disant que ce sera dans trois mois ou dans dix ans", a souligné de son côté Antonio Costa le président du Conseil européen, à l'issue de ce sommet.
En clair, il est hors de question d'accorder un passe-droit ou de renoncer aux règles strictes encadrant le processus d'adhésion à l'UE.
"La procédure au mérite doit être respectée afin que les deux parties sachent sur quoi elles peuvent se baser", a ainsi rappelé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Arrivé jeudi soir à Chypre en réclamant une "pleine adhésion", le président Volodymyr Zelensky risque de devoir s'armer de patience.
- "Neuf ans" -
"Mon pays a mis neuf ans pour négocier tout cela", a rappelé M. Costa, ancien Premier ministre portugais.
Les dirigeants européens ne veulent cependant pas abandonner l'Ukraine, plus de quatre ans après son invasion par la Russie en février 2022. Ils cherchent donc les moyens de favoriser son intégration, sans remettre en cause les règles liées au processus d'adhésion.
"Je tiens à dire très clairement que l’Ukraine, au cours du dernier mois en particulier, a travaillé très, très dur et a mené à bien des réformes tout à fait importantes (...) Et cela doit, cela aussi, être récompensé de notre côté", a ainsi déclaré Mme von der Leyen.
Si elle n'a donné aucune indication sur la nature de cette "récompense", certains dirigeants européens ont évoqué quelques pistes.
"Je souhaite permettre une intégration plus étroite au sein des institutions européennes, par exemple par la participation aux sommets européens (...) sans droit de vote", a ainsi suggéré le chancelier allemand.
Des responsables européens ont également évoqué une participation de l'Ukraine à certaines réunions ministérielles ou à l'union douanière, pour faciliter sa future intégration.
L'Ukraine ne veut pas de simples "avantages symboliques", a toutefois déclaré Volodymyr Zelensky.
Kiev presse ses partenaires européens d'accélérer son entrée dans l'UE, après avoir obtenu officiellement le statut de pays candidat en décembre 2023.
Mais la Hongrie de Viktor Orban, qui entretient des relations exécrables avec son voisin ukrainien, a jusqu'à présent refusé d'ouvrir formellement les négociations, chapitre par chapitre, bloquant de fait le processus d'adhésion.
Kiev espère que la défaite de M. Orban aux élections législatives le 12 avril change la donne. Mais le vainqueur de ce scrutin, Peter Magyar, a d'ores et déjà prévenu qu'il était "exclu" d'admettre un pays en guerre dans l'Union européenne.
Il pourrait néanmoins, espère l'Ukraine, autoriser enfin une ouverture formelle des premiers chapitres de négociation.
L'Ukraine, avec l'aide de la Commission européenne, a déjà avancé sur les réformes demandées, sans attendre cette ouverture formelle. Les négociations pourraient donc prendre moins de temps, espère l'Ukraine.
La défaite électorale de Viktor Orban va donner un "nouvel élan" à l'Ukraine, en ce qui concerne son projet d'adhésion à l'Union européenne, a estimé la semaine dernière la commissaire de l'UE à l'élargissement Marta Kos.
M.Perrier--PP