Keir Starmer hué après une nouvelle attaque antisémite à Londres
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a été hué jeudi dans le quartier de Golders Green à Londres où a eu lieu la veille une nouvelle attaque contre la communauté juive, qui accuse les autorités de ne pas en faire assez pour lutter contre l'antisémitisme.
Deux hommes juifs ont été blessés mercredi dans une agression à l'arme blanche, qualifiée de "terroriste" par la police, dans cette zone du nord-ouest de Londres où vit une importante communauté juive.
Cette attaque intervient après une série d'incendies et tentatives d'incendie qui, depuis fin mars, ont ciblé notamment des synagogues dans plusieurs quartiers du nord-ouest de la capitale.
Ces actions n'avaient pas fait de blessés mais ont accru les craintes de la population juive, déjà vives après une attaque qui avait fait deux morts à la synagogue de Manchester en octobre, dans un contexte de hausse des actes antisémites dans le pays ces dernières années.
Le chef du gouvernement travailliste s'est rendu jeudi à la mi-journée dans les locaux d'un service d'ambulances de la communauté juive à Golders Green, où il a été hué par plusieurs dizaines de personnes rassemblées devant le bâtiment.
Certaines ont crié "Starmer est un lâche" et "Keir Starmer, Jew Harmer" ("Keir Starmer fait du mal aux Juifs"), en huant les voitures officielles lors du départ du Premier ministre, qui n'a pas fait de déclaration sur place.
Un peu plus tôt, il avait affirmé vouloir une réponse policière et judiciaire "rapide et visible", lors d'une réunion à Downing Street avec des responsables des forces de sécurité et plusieurs ministres.
Il avait reconnu le "profond sentiment d'angoisse" au sein de la communauté juive.
"Les mots ne suffisent plus, il y a beaucoup de colère", a témoigné jeudi auprès de l'AFP Max Radford, 53 ans, un habitant de Golders Green.
Rifka, 31 ans, juge "regrettable" que Keir Starmer ne se soit pas adressé aux habitants. "Nous aimerions sentir qu'il est à nos côtés", ajoute-t-elle.
Le gouvernement a annoncé qu'il allait mobiliser 25 millions de livres (28,8 millions d'euros) supplémentaires pour accroître les patrouilles de police et la sécurité de la communauté juive. Mais cette dernière juge que la réponse à cette vague d'attaques n'est pas à la hauteur.
"Nous ne pensons pas que suffisamment d'efforts aient été déployés pour vraiment éradiquer la haine qui a pu se développer dans ce pays", a déploré le rabbin de la synagogue de Golders Green Ben Kurzer sur la BBC.
Pour le grand rabbin Ephraim Mirvis, "les mots de condamnation ne suffisent plus".
A une semaine d'élections locales cruciales pour l'impopulaire Keir Starmer, le chef du parti anti-immigration Reform UK Nigel Farage a accusé, depuis Golders Green, les autorités d'être trop "laxistes" face à l'antisémitisme.
La cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch avait elle fait le déplacement dès mercredi.
- Un suspect arrêté -
Les deux hommes blessés dans l'attaque de mercredi sont âgés de 34 et 76 ans. Hospitalisés, ils se trouvaient mercredi soir dans un "état stable", selon la police.
Un suspect, un Britannique de 45 ans né en Somalie, a été arrêté sur place pour tentative de meurtre. La police a indiqué qu'il avait des "antécédents de violence grave et des problèmes psychologiques".
Elle a précisé jeudi que cet homme "avait été signalé en 2020" au programme gouvernemental de prévention de l'extrémisme, mais son dossier avait été classé la même année.
Un groupe méconnu, "Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya" (Hayi), et qui serait pro-Iran, a revendiqué les incendies et tentatives d'incendie à Londres ces dernières semaines, ainsi que d'autres ailleurs en Europe.
Mercredi, il a salué l'attaque au couteau de Golders Green et l'a attribuée à ses "loups solitaires".
Les experts s'interrogent sur ce groupe, qui s'apparente à une coquille vide reprenant "des stratégies utilisées par le passé par des milices pro-Iran en Irak", selon un rapport publié jeudi par le groupe de réflexion Institute for Strategic Dialogue.
La ministre de l'Intérieur a affirmé que le gouvernement préparait une loi qui permettrait de classer les Gardiens de la révolution iraniens - l'armée idéologique de la République islamique - comme organisation terroriste.
M.Giraud--PP