Arménie: victoire du Premier ministre aux législatives, le pivot vers l'Europe conforté
Le parti du Premier ministre arménien Nikol Pachinian a largement remporté les élections législatives, selon les premiers résultats lundi, une victoire qui devrait conforter le pivot géopolitique de ce pays du Caucase, de la Russie vers l'Occident.
Revendiquant "une victoire historique" à l'issue du scrutin dimanche, Nikol Pachinian a promis de "poursuivre la course en vue du rapprochement avec l'Occident", tout en affirmant vouloir maintenir des liens forts avec la Russie.
Les velléités de cet ex-journaliste de 51 ans de réorienter les relations de l'ex-république soviétique vers l'Europe et les Etats-Unis, allant jusqu'à une potentielle adhésion à l'UE, ont cependant provoqué l'ire de Moscou, qui a menacé Erevan de graves conséquences.
La Russie, elle-même accusée d'ingérence dans le scrutin, a promptement dénoncé lundi des "pressions" sur l'opposition et l'"ingérence" de l'Union européenne dans ce scrutin.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a de son côté souligné sur X que l'UE était "aux côtés de l'Arménie", qui selon elle "se rapproche de plus en plus de l'Europe".
Le président français Emmanuel Macron, venu le mois dernier à Erevan délivrer un message pro-européen appuyé, a aussi dit vouloir accompagner le "rapprochement avec l'Europe" de l'Arménie.
A l'issue du dépouillement dans tous les bureaux de vote, le parti Contrat civil de M. Pachinian devance nettement son adversaire, l'alliance Arménie forte de l'homme d'affaires russo-arménien Samvel Karapetian, avec respectivement 49,8% et 23,3% des voix.
Le taux de participation s'est élevé à 59%.
Selon les observateurs de l'OSCE, ces élections ont "offert aux électeurs un véritable choix entre différentes alternatives politiques dans le cadre d'un processus bien organisé".
Ils ont néanmoins indiqué avoir observé pendant la campagne "une pression directe de l'étranger, sous la forme de restrictions commerciales (russes) croissantes et de menaces sécuritaires, visant à influencer les électeurs en faveur de l'opposition".
La Russie, principal partenaire économique de l'Arménie qu'elle considère comme faisant partie de son pré-carré, a récemment adopté des restrictions sur les importations de produits agricoles de ce pays, et le président russe Vladimir Poutine a mis en garde contre une répétition du "scénario ukrainien" - une réorientation géopolitique qui a mené à la guerre.
- Pas de "majorité écrasante" -
L'OSCE a par ailleurs estimé que "la concentration des arrestations et des poursuites pénales visant des figures de l'opposition a contribué à des perceptions de justice sélective", sans plus de détails.
Le Comité d'enquête arménien a indiqué avoir ouvert 59 enquêtes pénales pour des violations électorales présumées - notamment des personnes ayant voté plusieurs fois - et avoir placé neuf personnes en détention.
Lors de la campagne, le Premier ministre a misé sur son image de dirigeant proche de la population et opposé aux ex-élites post-soviétiques, malgré les critiques de ses opposants qui dénoncent des tendances de plus en plus autoritaires.
Évoquant des législatives "honteuses", le principal rival de M. Pachinian, Samvel Karapetian, a dénoncé des violations du droit et une répression de l'opposition, dont l'arrestation selon lui de dizaines de membres de son équipe de campagne.
M. Karapetian est assigné à résidence depuis 2025 pour des accusations, qu'il rejette, de "complot pour usurper le pouvoir".
Les détracteurs de M. Pachinian l'accusent d'utiliser la police et des tribunaux pour faire pression sur ses opposants, y compris au sein de l'influente Église apostolique.
"Pour moi, ce qui compte, c'est que tout se soit déroulé plus ou moins calmement, sans effusion de sang", a dit à l'AFP Sargis Haroutyounyan, un retraité de 81 ans, interrogé par l'AFP à Erevan.
Aram Mnatsakanyan, un soudeur de 58 ans, est lui "très heureux que notre peuple ait de nouveau fait confiance à Pachinian", fustigeant l'opposition constituée selon lui de "marionnettes russes corrompues".
Le parti de Nikol Pachinian "a remporté suffisamment de sièges au nouveau parlement pour former le prochain cabinet" des ministres, selon l'analyste arménien Armen Badalian.
Cependant, "il a échoué à s'assurer la majorité écrasante nécessaire pour faire passer des amendements constitutionnels", réclamés par l'Azerbaïdjan, voisin turcophone avec lequel l'Arménie est en conflit depuis la dissolution de l'URSS, comme condition préalable pour un accord de paix définitif.
- Rapprochement avec l'UE -
L'Arménie a subi une défaite militaire face à l'Azerbaïdjan en 2020 pour le contrôle de l'enclave du Karabakh, définitivement reprise par la force par Bakou en 2023. Un coup de force que la Russie n'avait pas empêché, suscitant la rancoeur d'Erevan et l'exode de quelque 100.000 Arméniens qui habitaient ce territoire.
M. Pachinian avait présenté le scrutin comme un choix entre une paix durable, quoique controversée et encore incertaine, avec l'Azerbaïdjan et une nouvelle "guerre catastrophique" avec Bakou.
La défaite face à l'Azerbaïdjan et la perte du Karabakh avaient jeté un froid dans les relations avec la Russie, garante historique de la sécurité de l'Arménie face au monde turc depuis sa conquête du Caucase au XIXe siècle. Moscou et Erevan sont officiellement toujours alliées.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a pour sa part félicité lundi Nikol Pachinian, appelant l'UE à "apporter un soutien concret" le plus rapidement possible à l'Arménie.
A.Perron--PP