Manifestation en Camargue de collectifs opposés au projet de THT aérienne
Quelque 150 opposants à une ligne à très haute tension (THT) soutenue par l'État, susceptible de traverser une partie de la Camargue, se sont mobilisés lundi en périphérie d'Arles pour sensibiliser contre un projet qu'ils jugent "mortifère".
Leur mobilisation symbolique coïncide avec l'accélération de ce projet controversé, prévu depuis plusieurs années dans le but de décarboner la zone industrielle de Marseille/Fos-sur-Mer, avec des études de terrain que pourrait effectuer prochainement le gestionnaire Réseau de transport d'électricité (RTE).
"Non à la THT", "Zéro pylône" ou "Décarboner oui, massacrer non: je veux être consulté", pouvait-on lire sur diverses bâches et pancartes brandies autour d'un rond-point par cette coalition hétéroclite regroupant riverains, agriculteurs, associations environnementales et élus locaux.
Cette future ligne aérienne à 400.000 volts prévoit l'implantation de 180 pylônes de 50 à 90 mètres de haut sur les 65 kilomètres de parcours entre Jonquières (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), traversant notamment une partie de la réserve naturelle du parc de Camargue.
"Nous craignons une incroyable perte en biodiversité. L'une des causes de mortalité des grands échassiers, ce sont les pylônes électriques. Or, la Camargue, qui est couloir de migration, compte entre 70 et 90 millions d'oiseaux qui circulent sur son territoire au printemps, jusqu'à 120 millions à l'automne dont de nombreuses espèces protégées comme le héron cendré, l'aigle de Bonelli ou les flamants roses", a déclaré Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif THT 13-30 et membre de France Nature Environnement.
"On est d'accord avec l'idée de départ de décarboner la zone de Fos-sur-Mer en passant du charbon ou pétrole à un fonctionnement électrique. On est 200% pour la ligne... mais pas en aérien!", a-t-il martelé.
Cédric Bernardi, agriculteur biologique de 47 ans possédant 120 hectares de terres autour d'Arles, redoute lui l'impact "du champ électrique sur [les] animaux, comme pour le maraîchage avec une main-d'œuvre déjà difficile à trouver ou encore l'écotourisme avec une vue sacrifiée".
Il prévient que la mobilisation pourrait bientôt "passer à la vitesse supérieure" si les opposants ne sont pas écoutés, pouvant même se transformer en "Notre-Dame-de-Camargue", en référence au mouvement de protestation contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).
En pleine crise au Moyen-Orient qui a provoqué une flambée des prix de l'énergie, la ligne THT est, selon ses promoteurs, une infrastructure essentielle à la sécurisation de l'approvisionnement électrique de la région, ainsi qu'à la décarbonation et la réindustrialisation de la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre, une des plus polluantes et émettrices de gaz à effet de serre du pays.
La solution aérienne s'avèrerait, selon l'État, moins coûteuse qu'un projet souterrain (environ 400 millions d'euros contre près de 4 milliards pour une solution entièrement souterraine, selon RTE).
H.Guyot--PP