En Zambie, le président sortant Hichilema réélu dans un contexte confus
Le président sortant de Zambie, Hakainde Hichilema, a été réélu mardi pour un deuxième mandat, dans une confusion politique inhabituelle pour ce pays d'Afrique australe riche en cuivre, avec notamment des arrestations d'opposants.
La commission électorale a annoncé mardi au petit matin la victoire largement attendue du chef de l'Etat en poste depuis 2021, avec environ 60% des voix.
Cinq des 226 circonscriptions doivent encore être dépouillées mais "les résultats manquants ne devraient pas influencer de manière significative le résultat global de cette élection", a précisé la présidente de la commission électorale du pays, Mwangala Zaloumis.
"Nous sommes profondément touchés par la confiance que vous nous avez accordée", a déclaré "HH" après l'annonce de sa victoire.
Des centaines de ses soutiens, vêtus de rouge (couleur de son parti, l'UPND) ont envahi les rues de la capitale Lusaka, chanté, dansé et allumé des pétards pour célébrer sa victoire.
Son principal concurrent, Brian Mundubile, un ancien ministre du gouvernement d'Edgar Lungu (2015-2021) était crédité au même moment de près de 38% des voix, selon la commission.
Lundi, M. Mundubile, 55 ans, a dénoncé des irrégularités dans le dépouillement, affirmant sans fournir de preuves que les documents recensant les résultats avaient été falsifiés - ce qui, selon lui, risquait de compromettre "l'intégrité" du dépouillement.
Cette déclaration s'ajoute aux différends qui ont émaillé la campagne, le scrutin du 13 août et l'après, inhabituels pour cette démocratie réputée stable.
- Arrestations d'opposants -
Des questions entourent ainsi les arrestations la semaine passée de 11 personnes dont six figures de l'opposition, selon l'annonce faite tard dimanche par le gouvernement et venue confirmer les rumeurs. Le gouvernement avance que ce coup de filet s'est tenu le jeudi des élections présidentielle et législatives et visait une milice présumée.
Le parti d'opposition NRPUP de Brian Mundubile date, lui, l'opération à vendredi et "rejette catégoriquement ces accusations. Le NRPUP n'a pas de milice", a balayé lundi la formation, selon laquelle un parlementaire a été blessé par balles lors du raid.
Les autorités zambiennes ont souligné que Brian Mundubile "se trouvait sur les lieux" de la descente de police. Et pour cause: il s'agissait de son domicile, selon son camp.
Vendredi matin, au lendemain du scrutin, l'ancien ministre avait revendiqué la victoire électorale sans s'embarrasser d'explication.
Dans la foulée, la commission électorale avait suspendu le dépouillement pour plusieurs heures en raison de "violences". Les observateurs du scrutin, dont l'Union européenne, se sont inquiétés de cette suspension ainsi que de restrictions imposées à l'opposition pendant la campagne.
"Les espoirs d'une élection calme et crédible en Zambie ont été déçus", a déclaré lundi le groupe de réflexion Oxford Economics Africa, observant une situation "très tendue".
La Zambie, deuxième producteur africain de cuivre et huitième mondial, a toutefois une longue tradition de transferts pacifiques du pouvoir par les urnes : depuis le retour au multipartisme en 1991, tous les changements de président ont eu lieu à l'issue d'élections.
Lors des cinq premières années du mandat de M. Hichilema, l'économie zambienne a renoué avec la croissance.
Le dirigeant présente la restructuration de la dette et la baisse de l'inflation comme ses réalisations majeures, mais ses détracteurs affirment que ces progrès ne se sont pas encore traduits par une amélioration du niveau de vie des citoyens ordinaires.
Selon la Banque mondiale, plus de 70% des 22 millions d'habitants vivent avec moins de 3 dollars par jour.
V.Roy--PP