Petit Parisien - Défendre les femmes afghanes tout en sabrant l'aide est une "hypocrisie", selon une ONG à l'AFP

Paris -
Défendre les femmes afghanes tout en sabrant l'aide est une "hypocrisie", selon une ONG à l'AFP
Défendre les femmes afghanes tout en sabrant l'aide est une "hypocrisie", selon une ONG à l'AFP / Photo: Wakil Kohsar - AFP

Défendre les femmes afghanes tout en sabrant l'aide est une "hypocrisie", selon une ONG à l'AFP

Le secrétaire général de l'ONG Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) Jan Egeland a accusé jeudi à Kaboul d'"hypocrisie" les pays qui demandent des droits pour les femmes afghanes tout en coupant l'aide humanitaire vitale pour ces dernières en Afghanistan.

Taille du texte:

"Il est bien qu'ils demandent, comme nous, le droit à l'éducation et au travail pour les femmes afghanes (...), mais c'est de l'hypocrisie quand on fait cela dans un séminaire dans une capitale européenne tout en coupant l'aide qui sert à nourrir ou à soutenir l'éducation primaire des filles afghanes", a déclaré Jan Egeland dans un entretien avec l'AFP.

L'aide internationale pour l'Afghanistan est en chute libre depuis le retour au pouvoir des autorités talibanes en 2021 alors que la population de ce pays traverse une des pires crises humanitaires au monde, entre multiples catastrophes naturelles et l'accueil de six millions d'Afghans renvoyés du Pakistan et d'Iran en trois ans, le mouvement de retour le plus important au monde.

L'ONU a tiré la sonnette d'alarme cette semaine: moins de 30% des fonds nécessaires pour délivrer une aide humanitaire vitale Afghanistan ont été réunis à la fin août. Outre les Etats-Unis, qui ont supprimé toutes leurs aides humanitaires, d'autres pays ont aussi réduit leurs contributions.

Un million d'enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère en Afghanistan se trouvent en danger de mort si rien n'est fait pour leur venir en aide, selon l'ONU.

"Les coupes dans l'aide humanitaires sont désastreuses pour les filles et les femmes en Afghanistan et ceux qui pensent que c'est une bonne chose de couper l'aide pour punir les talibans n'ont rien compris à la réalité ici", a déploré M. Egeland à l'issue d'une visite en Afghanistan.

L'ONG, présente dans une douzaine de provinces, emploie environ 400 personnes dont des femmes pour fournir de l'aide alimentaire, à l'éducation, à l'hébergement et aux personnes vulnérables.

"Des femmes employées dans l'aide humanitaire ou dans des écoles primaires pour filles doivent être licenciées faute de fonds", a affirmé M. Egeland, ce qui les fragilise encore davantage.

Selon l'ONU, 175 centres fournissant des services contre les violences de genre dans le pays ont dû fermer en raison du manque d'argent.

- ONG "bien seules" -

"Quand vous voyez la baisse continue de l'aide, vous commencez à perdre espoir", a témoigné cette semaine auprès de l'AFP une femme afghane employée dans une organisation internationale humanitaire.

"Ces organisations sont une des dernières opportunités d'emploi pour nous. Celles qui perdent leur emploi savent aussi que les femmes qu'elles aidaient vont être en difficulté", ajoute-t-elle.

Les autorités talibanes, revenues au pouvoir en 2021, ont exclu les femmes de nombreux emplois et de l'éducation au-delà du secondaire.

M. Egeland a mis en garde les responsables talibans qu'il a rencontrés: "en refusant l'accès à l'éducation au-delà du primaire, vous courrez à la catastrophe car vous n'aurez pas de femmes professeures, infirmières, médecins ou sage-femmes dans le futur".

Il a estimé que "le droit universel" des filles à l'éducation doit être rétabli "maintenant".

Il a appelé les pays européens et d'Amérique du Nord à ouvrir des ambassades en Afghanistan et à engager des relations avec les autorités talibanes.

"Cela ne veut pas dire la reconnaissance des autorités", a-t-il souligné. "Notre appel est venez ici avec nous, ici et demandez des droits pour les femmes et les filles, aidez les femmes et filles", a-t-il plaidé.

Le gouvernement taliban n'est reconnu officiellement que par la Russie, mais des pays comme le Japon ou l'Inde ont des ambassades dans le pays contrairement aux Etats-Unis, Canada ou aux Etats européens qui réclament des progrès dans le respect des droits humains, notamment des femmes.

"Les choses n'iront pas mieux parce qu'on organise un séminaire dans une capitale européenne ou aux Nations unies", a tempêté M. Egeland.

"Nous sommes maintenant ici sur la ligne de front pour défendre l'humanité et nous, organisations humanitaires nous sentons bien seules", a-t-il conclu en rappelant que la gravité de la crise vécue par les Afghanes et Afghans est "au-delà de l'imaginable".

J.Brun--PP