Petit Parisien - En Ukraine, la viticulture à l'épreuve de la guerre

Paris -
En Ukraine, la viticulture à l'épreuve de la guerre
En Ukraine, la viticulture à l'épreuve de la guerre / Photo: Tetiana DZHAFAROVA - AFP

En Ukraine, la viticulture à l'épreuve de la guerre

Les bombes russes se font rarement entendre au milieu des vignes de Transcarpatie baignées de soleil. Mais les vignobles doivent composer avec d'autres difficultés causées par plus de quatre ans d'invasion russe de l'Ukraine.

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Guennadiï Vatchylia arpente en cette fin d'août les rangées de vignes qui serpentent à flanc de coteau pour évaluer la maturité du raisin avant la récolte sur le domaine de Château Chizay dans l'ouest de l'Ukraine, non loin de la frontière avec la Hongrie.

L'urgence est autant à la récolte, dont la saison commence, qu'à l'installation de panneaux solaires.

L'Ukraine se prépare à un nouvel hiver rude après celui de l'année dernière marqué par un froid glacial et de longues coupures d'électricité causées par les bombardements incessants de la Russie sur les infrastructures énergétiques.

Dans les vastes caves du domaine, le vin mature dans des centaines de fûts de chêne et plusieurs immenses tonneaux d'acier. La température, basse, doit être maintenue sans faille par des systèmes de refroidissement.

"Nous croyons et espérons que nous traverserons cet hiver d'une façon ou d'une autre, grâce à des sources d'électricité alternatives", confie le directeur, Dmytro Choloudko.

- Manque de saisonniers -

Le domaine produit environ 1,3 million de bouteilles par an, surtout du sauvignon, du muscat et du riesling.

Mais la signature du domaine est le furmint, cépage blanc bien connu en Hongrie voisine : robe d'or et texture crémeuse, laissant en bouche un goût d'abricot derrière de premières notes minérales.

Les blancs dominent historiquement les vignobles de Transcarpatie. Mais "le potentiel pour les vins rouges a émergé avec le changement climatique", souligne M. Vatchylia, directeur de la viticulture.

Les températures plus chaudes entraînent l'avancement de la saison des récoltes de deux ou trois jours chaque année, ajoute-t-il.

Mais avec des centaines de milliers d'hommes envoyés au front, la filière viti-vinicole manque de main-d'œuvre.

"Nous venons de commencer la saison et nous avons grand besoin de bras, mais il est difficile d'en trouver", confie M. Choloudko.

Le domaine a besoin de quelque 110 travailleurs saisonniers pour ramasser à la main les grappes qui mûrissent sur ses 270 hectares de vignes étalées sur des collines vallonnées.

Des vignerons sont morts au front ou sous les frappes, et des vignes ont été entièrement détruites, ou se trouvent sur des territoires désormais occupés par l'armée russe.

Les entrepôts font aussi les frais de la guerre. Une frappe russe sur Kiev a endommagé un entrepôt du négociant en vin Okwine, causant 13,5 millions de dollars de dégâts (plus de 11,6 millions d'euros), selon une estimation du commerçant.

- Compétition -

Sur la scène internationale, l'Ukraine est loin de l'image d'un pays viticole.

Elle exporte ses vins pour une valeur de 11 millions de dollars (environ 9,4 millions d'euros) par an, principalement vers la Roumanie, et en importe pour 200 millions de dollars (près de 172 millions d'euros), d'après les données citées dans des médias ukrainiens.

Dans un bar à vin branché de Kiev, le patron, Serguiï Klimov fait le pari de servir une production exclusivement locale.

"L'Ukraine est l'un des berceaux de la vinification", affirme-t-il. "Nos terroirs et climats sont incroyablement diversifiés", poursuit-il, avec au sud, des rouges charpentés et dans l'ouest, des blancs frais et minéraux.

Après n'avoir produit que des vins industriels "de qualité proche de zéro" pendant la période soviétique, il constate "un boom des vignobles ukrainiens".

Château Chizay n'hésite pas à mettre ses bouteilles à l'épreuve de la compétition, pour que dans le monde entier, "les gens puissent voir que le vin ukrainien est de la même qualité, voire meilleur, que certains vins étrangers", affirme son vigneron-en-chef, Zoltan Udvarguely.

Dans le vignoble, quelques dizaines de touristes ukrainiens profitent d'une visite guidée pour goûter et se forger un avis.

"On voit de plus en plus de gens choisir des produits ukrainiens, par patriotisme, curiosité ou désir de qualité", estime M. Choloudko.

Le 24 février 2022, jour où Moscou a lancé son invasion à grande échelle, devait débuter la production du tout premier pétillant. Sur les plusieurs dizaines d'employés, seuls dix sont venus travailler.

"Mais on s'est levé et avec ces dix personnes, on a commencé à faire le pétillant", se souvient M. Choloudko.

I.Faure--PP