Petit Parisien - Sur la côte baltique, les sociaux-démocrates tentent de stopper la vague de l'extrême droite

Paris -
Sur la côte baltique, les sociaux-démocrates tentent de stopper la vague de l'extrême droite
Sur la côte baltique, les sociaux-démocrates tentent de stopper la vague de l'extrême droite / Photo: John MACDOUGALL - AFP/Archives

Sur la côte baltique, les sociaux-démocrates tentent de stopper la vague de l'extrême droite

Le parti anti-immigration allemand AfD espère décrocher dimanche une nouvelle victoire électorale dans un Land côtier du nord-est, mais la dirigeante régionale, une sociale-démocrate, remonte dans les sondages, en se posant en dernier rempart face à l'essor de l'extrême droite.

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En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le SPD, mené par Manuela Schwesig a réduit l'écart et se retrouve au coude-à-coude avec l'Alternative pour l'Allemagne, conduite par un ancien animateur radio et célébrité locale, Leif-Erik Holm.

Le candidat d'extrême droite de 56 ans veut surfer sur le retentissant succès de son parti, le 6 septembre, dans une autre région orientale, la Saxe-Anhalt où, avec quelque 44% des voix, l'AfD a provoqué une onde de choc telle que l'avenir du chancelier conservateur Friedrich Merz est en question.

"Le choix est très clair", dit Manuela Schwesig, 52 ans, à l'AFP, en marge d'un meeting de campagne dans la ville portuaire de Rostock, "soit l'AfD devient la principale force (politique régionale), soit le SPD le reste".

Car la CDU, le parti de M. Merz, est au bord du gouffre, entraîné dans les bas-fonds des sondages par son impopulaire chef.

- Combat pour la démocratie -

Alors que l'AfD est à 37% dans un sondage publié mercredi par l'influent journal Bild, et que le SPD est à 35%, les conservateurs sont crédités de 7%, dangereusement proches de la barre éliminatoire des 5%.

Si la CDU était expulsée du parlement régional, du jamais-vu dans l'Allemagne contemporaine, la pression sur le chancelier pourrait devenir insoutenable, alors que bruissent déjà les rumeurs de son remplacement.

Pour gagner dans cette région d'ex-Allemagne de l'Est, Mme Schwesig, une ex-ministre de la Famille, survivante du cancer, forte d'une popularité personnelle élevée, se présente donc comme la seule solution face à l'AfD.

Son slogan "Frau gegen Blau" ("la femme contre le bleu"), une rime se référant à la couleur de l'AfD, illustre cette stratégie.

Son parti social-démocrate, partenaire de coalition de M. Merz, ayant complètement décroché au niveau national, Mme Schwesig est également allée à l'encontre du gouvernement sur plusieurs thèmes, avec un ton conciliant à l'égard de la Russie ou critiquant la réforme prévue des retraites, thématiques dont l'AfD fait ses choux gras.

"Nous nous battons pour la démocratie", dit à l'AFP Daniel Prokof, un partisan de Manuela Schwesig qui dirige depuis 2017 cette région d'1,5 million d'habitants bordée par la mer Baltique.

"Le plus important est que l'AfD n'arrive pas au pouvoir ici, c'est aussi simple que ça", poursuit l'électeur de 40 ans. Ce parti est accusé d'affinités avec la mouvance néonazie et de vouloir démanteler la politique allemande du repentir pour les crimes du régime hitlérien.

Faute d'alliés, il est peu probable que l'Alternative pour l'Allemagne puisse constituer une majorité, et même si ce parti arrive en tête dimanche, la coalition régionale la plus vraisemblable réunirait le SPD, les Verts et le parti d'extrême gauche Die Linke.

- Renvoyer Merz -

L'AfD tente de son côté de rattacher la dirigeante sociale-démocrate au gouvernement du chancelier, dont l'impopularité a atteint 88%.

"Les électeurs voient qu'avec leur vote, ils peuvent réellement changer les choses", explique M. Holm à l'AFP, disant vouloir une victoire dimanche pour "renvoyer le gouvernement Merz".

Son adversaire, Mme Schwesig, "est une responsable politique du SPD". "Elle ne peut pas soudainement se présenter en opposante", poursuit-il, en marge d'un meeting dans la petite commune de Bützow.

Ici, le parti a rassemblé le weekend passé quelques dizaines de partisans, dont des jeunes aux cheveux coupés ras et chaussés de rangers noires. Face à eux, des militants anti-AfD tentent de gêner le rassemblement avec de la musique punk.

Dans la foule, la thématique migratoire est un sujet central, l'AfD défendant une "remigration", soit l'expulsion massive de ressortissants étrangers.

"Les migrants illégaux doivent quitter l'Allemagne", insiste Jolin Ressel, 21 ans, leur reprochant de "toucher de l'argent qui nous revient de droit à nous" les Allemands.

Observant le rassemblement, Gudrun Schumann, médecin de 72 ans à la retraite, dit comprendre la colère des électeurs dans une Allemagne confrontée à de multiples crises, comme la désindustrialisation et l'envolée du coût de la vie.

"Mais l'AfD ne gouvernera pas mieux. Je n'y crois pas. Leur discours raciste et hostile ne nous aide certainement pas à vivre harmonieusement".

N.Rolland--PP