Au Maroc, des législatives sur fond de frustrations sociales et de malaise chez les jeunes
Chômage en hausse, flambée des prix et inégalités: les Marocains ont voté mercredi pour renouveler leur Parlement et ouvrir la voie à la formation d'un nouveau gouvernement, moins de deux mois après la crise migratoire de Ceuta, symptôme du malaise d'une partie de la jeunesse.
Près de 16 millions de personnes, sur 36 millions d'habitants, étaient appelées aux urnes de 08h00 à 19h00 pour élire les 395 députés de la Chambre des représentants.
Le taux de participation, surtout chez les jeunes, va être particulièrement scruté. A 17H00, ce taux atteignait 28,05% à l'échelle nationale, a indiqué le ministère de l'Intérieur.
Le scrutin se tient après l'afflux massif fin juillet de migrants vers l'enclave espagnole de Ceuta, majoritairement des jeunes Marocains.
Cet épisode a mis en lumière le manque de perspectives d'une partie de la jeunesse, alors même que le royaume affiche une croissance soutenue et multiplie les grands chantiers en vue du Mondial-2030, organisé avec l'Espagne et le Portugal.
Or "le pari du Mondial-2030 est coûteux" et les sommes investies pour cet événement sont jugées "par une partie de la population en décalage avec les priorités socio-territoriales du royaume: les services publics défaillants, l'enclavement rural (...), le chômage élevé", explique la chercheuse indépendante Lamia Elfehaim sur le site d'Arab Reform Initiative.
Si la crise de Ceuta n'a pas occupé le devant de la scène durant la campagne, les difficultés qu'elle a mises en lumière ont en revanche irrigué les débats.
"Nous voulons que notre pays aille de l'avant mais les politiques ne semblent pas se soucier de nos problèmes liés à la santé, l'éducation et le pouvoir d'achat", ajoute la quinquagénaire.
- "Renouveau"? -
Au contraire, Karim Ennaciri, 55 ans, juge que "c'est ce processus électoral qui va nous permettre de savoir s'il y a un renouveau au sein des partis".
Le nouveau chef du gouvernement sera issu du parti arrivé en tête des législatives. Nommé par le roi Mohammed VI, il sera chargé de former un exécutif pour cinq ans, même si les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurent l'apanage du monarque.
En l'absence de sondages, interdits par la loi électorale, la presse et les observateurs mettent le Rassemblement national des indépendants (RNI), à la tête de l'actuelle coalition gouvernementale, parmi les favoris.
Malgré son retrait de la direction du RNI, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch a conduit la campagne de son parti.
"Nous avons mené des réformes de l'éducation et la santé, nous avons augmenté les salaires (...). Nous avons répondu présents lorsque (les Marocains) avaient besoin de nous", a déclaré M. Akhannouch lors d'un meeting.
Toutefois, le riche homme d'affaires est souvent rattrapé par des accusations de conflits d'intérêts en lien avec sa société Afriquia, leader de la distribution d'hydrocarbures au Maroc.
L'autre formation politique favorite est le Parti authenticité et modernité (PAM). Les deux partis de centre-droit, idéologiquement proches, ont été fondés par des personnalités proches du palais.
Il y a quelques semaines, le PAM a réussi à rallier une figure populaire: le ministre chargé du Budget Fouzi Lekjaa, jusqu'ici davantage connu pour son rôle à la tête de la Fédération royale marocaine de football.
- "Valeur ajoutée" -
"A travers notre programme, nous souhaitons faire de la jeunesse une force capable d'apporter de la valeur ajoutée plutôt que d'être laissée pour compte", a dit M. Lekjaa durant la campagne.
En l'absence de leader affiché, l'autre visage du PAM est Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l'Aménagement du territoire et maire de Marrakech, pressentie par la presse locale pour devenir la première cheffe du gouvernement de l'histoire de son pays en cas de victoire de son parti.
L'Istiqlal (droite), parti historique mené par Nizar Baraka, actuel ministre de l'Equipement, a aussi ses chances avec un discours axé sur les enjeux sociaux du pays.
Dans l'opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) dit vouloir incarner la "rupture" pour "combattre" la corruption.
A.Perron--PP