Petit Parisien - Afrique du Sud: couteau et bombe lacrymo, nouveaux accessoires de joggeuses inquiètes

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Afrique du Sud: couteau et bombe lacrymo, nouveaux accessoires de joggeuses inquiètes
Afrique du Sud: couteau et bombe lacrymo, nouveaux accessoires de joggeuses inquiètes / Photo: PHILL MAGAKOE - AFP

Afrique du Sud: couteau et bombe lacrymo, nouveaux accessoires de joggeuses inquiètes

Avant de lacer ses chaussures de sport, Nancy Masha s'assure de ne pas avoir oublié le couteau et la bombe lacrymogène qu'elle emporte désormais pendant son footing, une routine née de l'effroi que lui a inspiré le meurtre retentissant d'une coureuse près de Johannesburg, en Afrique du Sud.

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Nancy Masha n'est pas un cas isolé: d'autres joggeuses sud-africaines interrogées par l'AFP ont adopté de nouvelles mesures de précaution après la découverte le 12 septembre du corps partiellement dénudé d'Elizabeth Moselakgomo, 38 ans.

"Notre coureuse a été brutalement tuée. Il fallait que je trouve un moyen de me protéger car moi aussi je suis une femme et moi aussi je fais de la course à pied", explique à l'AFP Mme Masha, 39 ans, qui précise courir seule d'ordinaire.

Elizabeth Moselakgomo a été vue vivante pour la dernière fois le 9 septembre, alors qu'elle partait faire un footing en fin d'après-midi, laissant à son domicile sa fille unique de huit ans.

La forte mobilisation de ses amis coureurs et sa fin tragique en ont fait la figure emblématique d'une série de neuf meurtres de femmes entre mi-juillet et mi-septembre, dans la région de Kempton Park, une ville située à environ 30 km au nord-est de Johannesburg.

"Son meurtre m'a réellement traumatisée. Nous courons dans des endroits un peu étranges à des horaires décalés. Mais je ne m'arrêterai pas de courir", assure Mme Masha, mère de deux enfants. Deux jours après la découverte du corps d'Elizabeth Moselakgomo, elle sortait courir en emportant pour la première fois un couteau et une bombe lacrymo.

Les meurtres de Kempton Park ont suscité une onde de choc dans le pays, qui enregistre pourtant plus de 60 homicides quotidiens en moyenne. De nombreuses veillées ou courses y ont été organisées pour honorer la mémoire des victimes et demander plus de sécurité.

- "Honte nationale" -

Les taux de violences faites aux femmes, déclarées catastrophe nationale fin 2025, sont parmi les plus élevés au monde en Afrique du Sud, en dépit des efforts proclamés du gouvernement pour en venir à bout. Selon les Nations unies, une femme sur trois y subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie.

Lors des 16 premiers jours de septembre, la ligne d'urgence de l'organisme public de lutte contre ces violences a enregistré pas moins de 6.782 appels de détresse, soit 424 par jour en moyenne.

La récente série de meurtres a renforcé les inquiétudes de femmes pourtant déjà habituées à prendre des précautions dans leur vie quotidienne.

Chulumanco Mahamba, 31 ans, explique qu'elle a réduit ses promenades à seulement deux par semaine, évitant désormais les lieux peu fréquentés et partageant avec ses proches sa géolocalisation et des photos de sa tenue du jour.

"Je trouve ça injuste que nous devions changer nos habitudes, mais je me sens plus en sécurité quand j'ai ma bombe lacrymogène sur moi", dit-elle.

Mais d'autres coureuses ne se sentent pas à l'aise à l'idée de porter une arme.

"C'est risqué d'avoir une bombe lacrymogène sur soi, parce que quelqu'un pourrait vous maîtriser et l'utiliser contre vous. Pareil pour un couteau. Nous ne savons pas nous en servir", explique Hlompho Matji, analyste de données de 47 ans.

Babalwa Melitafa, 46 ans, a elle décidé de ne pas s'armer mais plutôt de courir autour d'un terrain de sport situé dans un lotissement sécurisé.

"Si je suis seule, je ne me vois pas courir ailleurs que sur le terrain de sport, à cause de ce qui s'est passé. J'ai peur", confie-t-elle.

L'onde de choc s'est propagée jusqu'au Cap, à plus de 1.400 km de la série de meurtres.

Réalisatrice de films, Andiswa Siwela, 43 ans, explique être plus sur ses gardes lorsqu'elle croise un étranger lors d'un footing ou d'une randonnée. La bombe lacrymogène qu'elle gardait dans sa voiture, elle l'emporte maintenant avec elle quand elle court.

"Nous voulons être libres. Nous voulons faire des choses sans avoir peur. Nous voulons vivre", lance-t-elle.

S'exprimant à l'occasion d'un jour férié jeudi, le président Cyril Ramaphosa a qualifié "la douleur et la souffrance infligées aux femmes d'Afrique du Sud" de "honte nationale".

F.Dupuy--PP