Petit Parisien - Le Parlement roumain rejette un troisième candidat au poste de Premier ministre

Paris -
Le Parlement roumain rejette un troisième candidat au poste de Premier ministre
Le Parlement roumain rejette un troisième candidat au poste de Premier ministre / Photo: Daniel MIHAILESCU - AFP/Archives

Le Parlement roumain rejette un troisième candidat au poste de Premier ministre

Le Parlement roumain a rejeté mercredi la candidature du libéral pro-européen Siegfried Muresan au poste de Premier ministre, prolongeant la crise politique qui secoue le pays et ravivant la perspective d'élections anticipées, réclamées par l'extrême droite, actuellement en tête des sondages.

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Le député européen n'a obtenu que 182 voix, loin des 233 suffrages nécessaires pour obtenir l'investiture de son gouvernement, selon les résultats officiels.

C'est la deuxième fois que le parlement rejette un candidat proposé par le président Nicusor Dan depuis la chute du gouvernement du pro-européen Ilie Bolojan début mai. Un troisième candidat avait renoncé avant le vote au parlement, qu'il était sûr de perdre.

"Un autre candidat proposé par Nicusor Dan a ÉCHOUÉ", s'est félicité le patron du principal parti d'extrême droite, l'Alliance pour l'union des Roumains (AUR), la deuxième force politique du pays, qui a promis de faire obstacle à tous les candidats proposés.

En tête dans deux récents sondages, avec près de 40% des intentions de vote pour l'un et 36% pour l'autre, l'AUR exige la tenue d'élections anticipées.

La formation de centre gauche PSD, premier parti du pays avec 129 sièges au parlement, a également refusé de soutenir tous les candidats proposés, réclamant qu'un membre de ses rangs soit désigné comme Premier ministre.

"La Roumanie a urgemment besoin d'un gouvernement pleinement habilité pour changer la mauvaise direction dans laquelle nous nous trouvons ! Nous sommes prêts à assumer la tâche de reconstruire la Roumanie," a réagi son dirigeant Sorin Grindeanu après le vote sur Facebook

Membre de la coalition au gouvernement, le PSD en avait claqué la porte à la mi-avril pour protester contre les mesures d'austérité introduites par Ilie Bolojan, afin de réduire le déficit budgétaire du pays, le plus important de l'Union européenne. Avant de s'allier dans la foulée avec l'AUR pour le renverser.

Depuis, M. Bolojan gère les affaires courantes faute de successeur.

- "Situation économique compliquée" -

Avec ce nouvel échec, les conditions légales permettant l'organisation d'élections anticipées sont réunies, et l'extrême droite a menacé de lancer une procédure de destitution contre le président s'il ne les convoquait pas. Mais Nicusor Dan s'y refuse, estimant qu'un tel scrutin ne ferait que prolonger la crise politique dans laquelle est plongé le pays.

Dénonçant les calculs électoralistes des uns et des autres au détriment de l'intérêt national, il a également exclu à plusieurs reprises la formation d'un gouvernement incluant l'extrême droite.

Selon les analystes, aucun parti, à l'exception de l'AUR, n'aurait intérêt à retourner devant les électeurs.

Selon Cristian Pirvulescu, doyen de la Faculté de sciences politiques de l'université SNSPA à Bucarest, M. Dan ne se résoudra à une telle extrémité qu'après avoir sorti un nouveau nom de son chapeau, éventuellement un technocrate. Mais quoi qu'il en soit, de nouvelles élections déboucheraient sur un nouveau Parlement fragmenté, avec une extrême droite renforcée, dit-il à l'AFP.

"Des élections anticipées signifient encore quatre mois d'attente à partir du moment où elles sont convoquées pour former un nouveau gouvernement", ajoute-t-il, soulignant que cela ne ferait que peser davantage sur la situation économique du pays de 19 millions d'habitants déjà "très compliquée" depuis mai.

La Roumanie a vu son déficit se creuser et l'inflation grimper, pour atteindre les niveaux les plus élevés de l'Union européenne.

Ce nouvel épisode intervient alors que le pays a déjà traversé une zone de turbulence entre l'automne 2024 et juin 2025.

Ilie Bolojan était alors arrivé au pouvoir, soutenu par quatre partis pro-européens dont le PSD, après des semaines de tractations.

Son arrivée faisait suite à une nouvelle élection présidentielle après l'annulation du scrutin de novembre 2024, dominé par un candidat d'extrême droite inconnu, suscitant des accusations d'ingérence russe dans la campagne électorale du pays, qui se situe aux avant-postes de l'Otan depuis le début de la guerre en Ukraine voisine.

K.Benard--PP