Petit Parisien - Le gouvernement lève le voile sur son budget 2027, sous la pression des marchés

Paris -
Le gouvernement lève le voile sur son budget 2027, sous la pression des marchés
Le gouvernement lève le voile sur son budget 2027, sous la pression des marchés / Photo: Ludovic MARIN - AFP/Archives

Le gouvernement lève le voile sur son budget 2027, sous la pression des marchés

Le gouvernement dévoile jeudi son projet de budget pour 2027, affichant sa volonté de "redresser" les finances publiques du pays avec notamment des mesures sur les retraites, au moment où les taux d'intérêt de la dette française flambent.

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Le projet de budget de l’État (PLF) et celui de la Sécurité sociale (PLFSS) seront présentés à 10H30 en conseil des ministres, avant d'être examinés par le Parlement. Alors que le PS l'a déjà qualifié de "récessif" et "injuste", les débats s'annoncent tendus avec un risque accrû de censure du gouvernement, à sept mois de l'élection présidentielle.

Après avoir promis mi-janvier un budget "offensif", avec un "effort" d'économies massif de 54 milliards d'euros (dont près de 45 milliards portant sur 2027), Sébastien Lecornu a évoqué mercredi un "budget de redressement", tirant la sonnette d'alarme sur la remontée du coût de la dette.

"Le réel nous rattrape", a indiqué le Premier ministre sur X, en évoquant le montant croissant des intérêts à payer. Les taux d'intérêt à 10 ans auxquels la France refinance sa dette sur les marchés ont dépassé mardi le seuil de 4,8%, pour la première fois depuis la crise financière de 2008.

- 5,5 milliards d'économies sur les retraites -

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a appelé lui aussi la semaine dernière à "faire des choix" pour éviter "une spirale" de la dette. Et la première présidente de la Cour des comptes Amélie de Montchalin, ex-ministre des Comptes publics, a demandé à la classe politique à "se réveiller" pour redresser les finances publiques.

La charge de la dette, soit le montant des intérêts payé par la France, atteindra près de 80 milliards d'euros cette année (79 milliards, dont 65 pour la seule dette de l’État), selon le ministère de l’Économie, qui table sur 91 milliards l'an prochain, des sommes astronomiques.

Avec une croissance qu'il anticipe à 1% l'an prochain, le gouvernement vise un déficit public de 5% en 2027, après 5,4% cette année, et prévoit que l'endettement de la France atteigne un niveau record de 121,7% du produit intérieur brut (PIB).

Pour tenter de redresser les finances publiques, il compte notamment "diviser quasiment par deux" le déficit de la Sécurité sociale en 2027 pour le ramener à 12-13 milliards, selon le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Les retraités seront notamment mis à contribution à hauteur de 5,5 milliards d'euros, un sujet sensible.

Le gouvernement propose ainsi que les pensions supérieures à 1.260 euros ne soient plus indexées intégralement sur l'inflation. Il veut aussi ramener à 3.000 euros le plafond de l'abattement fiscal de 10% sur l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités (contre 4.439 euros actuellement).

- Entreprises mises à contribution -

Les efforts passeront aussi par un coup de frein sur les dépenses, et en premier lieu de celles de l’État, avec des économies conséquentes de certains ministères, dont celui du Travail (avec 2,5 milliards d'euros d'effort).

Les fonctionnaires seront aussi touchés. Le point d'indice qui permet de calculer une partie de leur rémunération sera gelé. Une mesure très mal accueillie par la fonction publique, qui a manifesté massivement mardi pour défendre son pouvoir d'achat. Plus de 200.000 personnes ont défilé dans les rues, selon le ministère de l'Intérieur.

Les collectivités, elles, devront faire un effort budgétaire de 5,4 milliards d'euros, selon les chiffres qu'elles ont communiqués, déplorant un effort "disproportionné" et "abusif".

Si le Premier ministre a écarté toute "hausse généralisée d'impôts", le budget prévoit d'augmenter les recettes fiscales. Les prélèvements obligatoires atteindront 44,2% du PIB contre 43,9% en 2026, surtout grâce à la réduction de certaines niches fiscales.

Les entreprises devront aussi participer aux économies. Le gouvernement veut notamment limiter les exonérations de cotisations patronales, ou alourdir de 800 millions d'euros la taxation des exploitants d'autoroutes et d'aéroports.

Il veut encore s'attaquer aux produits sucrés, avec une taxe au nom de la lutte contre l'obésité, une mesure qui a suscité déjà une levée de boucliers de l'industrie agroalimentaire, des confiseurs et des boulangers.

N.Rollin--PP