Petit Parisien - Ethiopie: les forces fédérales patrouillent dans Mekele, les rivaux inquiets réunis en Egypte

Paris -
Ethiopie: les forces fédérales patrouillent dans Mekele, les rivaux inquiets réunis en Egypte
Ethiopie: les forces fédérales patrouillent dans Mekele, les rivaux inquiets réunis en Egypte / Photo: - - AFP

Ethiopie: les forces fédérales patrouillent dans Mekele, les rivaux inquiets réunis en Egypte

L'armée fédérale éthiopienne et une milice tigréenne alliée contrôlent dimanche Mekele, capitale de l'Etat régional du Tigré, suscitant désormais les craintes d'une extension du conflit hors d'Ethiopie, sujet qui devrait être au menu d'un mini-sommet réunissant dimanche en Egypte ses rivaux régionaux.

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Après des mois de tensions, les combats ont repris fin septembre dans le nord de l'Éthiopie entre d'une part l'armée fédérale, et d'autre part le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirigeait de fait le Tigré depuis avril, et les milices Fano de l'État voisin de l'Amhara.

L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et les Forces armées soudanaises (SAF) de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités dans la Corne de l'Afrique, autour notamment de la mer Rouge, voie maritime stratégique.

L'Éthiopie est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) que les SAF affrontent depuis 2023 au Soudan. L'Égypte considère en outre son grand barrage sur le Nil (Gerd) comme une "menace existentielle", et le gouvernement somalien voit d'un mauvais œil son rapprochement avec le Somaliland, région de Somalie autoproclamée indépendante depuis 1991.

Entrée dans le sud du Tigré lundi, l'armée fédérale éthiopienne, épaulée par les Forces de paix du Tigré (TPF), milice affiliée à des dissidents du TPLF ayant rallié le gouvernement fédéral, est entrée samedi sans combats dans Mekele, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.

Des combattants des TPF gardent dimanche les principaux bâtiments officiels de Mekele et des militaires éthiopiens patrouillent dans la ville, a décrit à l'AFP un journaliste local.

- mer Rouge -

Les télécommunications, très fortement perturbées depuis la reprise des hostilités, ont été rétablies. Les échoppes restaient fermées dimanche, de nombreux commerçants ayant mis leurs stocks à l'abri, craignant des pillages dans une ville restée plusieurs heures sans services de sécurité.

Dans certains quartiers, des commissariats, bureaux gouvernementaux et domiciles ont été pillés.

La prise de la capitale du Tigré, Etat dont les forces éthiopiennes ne contrôlent pour l'heure qu'une partie, ne marque pas la fin du conflit, certains observateurs craignant désormais qu'il ne s'étende hors de l'Ethiopie.

"Nous avons pris le contrôle Mekele et continuons d'avancer", a indiqué à l'AFP un officier des TPF, sans autre détail.

Les États-Unis ont d'ores et déjà averti samedi que les tensions actuelles entre Ethiopie et Erythrée, rivaux historiques, "pouvait potentiellement affecter" toute la Corne de l'Afrique et exhorté les deux pays à "respecter l'intégrité territoriale" de leurs voisins.

L'Ethiopie et l'Erythrée - ex-colonie italienne ensuite annexée par l'Ethiopie, devenue indépendante en 1993 après trois décennies de lutte armée - se sont affrontées entre 1998 et 2000 lors d'un conflit à grande échelle.

En prenant la tête de l'Ethiopie en 2018, Abiy Ahmed s'est rapproché d'Issaias Afeworki, président de l'Erythrée depuis l'indépendance, en étant récompensé l'année suivante par le prix Nobel de la paix.

Mais les relations se sont à nouveau profondément dégradées depuis, sur fond notamment de velléités répétées de M. Abiy de doter son pays enclavé d'un accès souverain à la mer Rouge, dont l'a privé l'indépendance érythréenne.

- déménagement "temporaire" -

Selon la présidence égyptienne, un "sommet consultatif" réunira dimanche à El-Alamein, en marge d'une réunion de l'Union africaine (UA), Abdel Fattah al-Sissi, ses homologues érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des SAF Abdel Fattah al-Burhane.

Ils discuteront de "questions régionales d'intérêt mutuel", indique simplement Le Caire.

Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'actes "d'hostilité et de belligérance", entraînant la rupture de fait de leurs relations diplomatiques. L'Éthiopie a déclaré le même jour un diplomate égyptien persona non grata, entraînant une mesure égyptienne similaire.

Quelques heures auparavant, des explosions, causée par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments de l'armée à Addis Abeba, cible pour la première fois depuis longtemps d'une action militaire.

Dans un communiqué dimanche, les autorités rebelles du Tigré indiquent avoir "temporairement déménagé" de Mekele face à l'avancée éthiopienne pour permettre aux forces tigréennes de poursuivre le combat.

Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael avait déjà semblé acter les revers de ses troupes et prôner un basculement vers la guérilla.

"Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons", a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé "dans le passé" les forces gouvernementale hors du Tigré, en référence au conflit, très meurtrier, l'ayant déjà opposé au gouvernement fédéral de M. Abiy entre 2020 et 2022.

Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.

N.Rollin--PP