Petit Parisien - Yémen: à Taëz, asphyxiée par les Houthis, une population "à bout"

Paris -
Yémen: à Taëz, asphyxiée par les Houthis, une population "à bout"
Yémen: à Taëz, asphyxiée par les Houthis, une population "à bout" / Photo: - - AFP

Yémen: à Taëz, asphyxiée par les Houthis, une population "à bout"

À Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, Um Rian peine à nourrir ses enfants depuis que les Houthis ont isolé la ville du reste des territoires contrôlés par le gouvernement, asphyxiant une population déjà épuisée par plus d'une décennie de conflit.

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Les combattants pro-iraniens se sont emparés ces derniers jours d'un secteur au sud de cette ville, la troisième plus grande du pays, bloquant la route qui la relie à Aden, où siège le gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Privés de leur principale voie d’approvisionnement, les habitants font face à des pénuries et une flambée des prix.

"Il y a une crise de tout : de l'eau, du gaz domestique, des légumes, de tous les produits de premières nécessité", se lamente Um Rian.

Elle fait le tour des étals sur le marché de Taëz : certains stands sont vides, d'autres bien achalandés mais affichent des prix inaccessibles. "On ne peut plus se permettre d'acheter de la farine ou du sucre", soupire cette mère de famille, qui élève seule ses quatre enfants.

Ancien centre culturel, académique et historique du Yémen niché au cœur des montagnes du sud-ouest, Taëz avait déjà été assiégée en 2015, au début de la guerre entre les Houthis pro-iraniens, qui ont pris le contrôle de la capitale Sanaa en 2014, et les forces gouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite.

Ces dernières avaient partiellement brisé le siège en 2016, mais la ville est restée encerclée par les Houthis, au nord, à l'est et à l'ouest.

Après plusieurs années d'accalmie, les hostilités ont repris entre les deux camps en juillet, avant que les combats ne s'intensifient en septembre, atteignant les portes de la ville.

- Itinéraires détournés -

Depuis quelques jours, même la route accidentée qui permettait aux habitants de rejoindre Aden après de longues heures de trajet n'est plus praticable.

"Quand on parle aux commerçants, ils nous disent qu'ils sont obligés de payer très cher pour ramener des marchandises par des itinéraires détournés, car les routes sont coupées. Taëz est isolée de toutes parts", se résigne Um Rian.

D'autres habitants protestent et accusent les marchands de profiter de la situation.

"Il y a une manipulation, la rétention des marchandises entraine des hausses de prix excessives", s'insurge Khaled Mohammed. "Nos salaires sont retardés en raison de la situation actuelle, mais dans le même temps les prix flambent".

Le Yémen, l'un des pays les plus pauvres du monde, était déjà en proie à une vaste crise humanitaire avant la reprise des hostilités.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a affirmé la semaine dernière que les combats avaient eu un impact immédiat sur la capacité de ses quelque 35 millions d'habitants à se nourrir : près de trois ménages sur quatre sont désormais incapables de couvrir leurs besoins alimentaires de base.

A Taëz, la situation est "catastrophique à cause du siège imposé par les Houthis", affirme Diaa Al-Arshi, sans cacher son désespoir. "Et nous, les habitants, sommes à bout".

O.Philippe--PP