Petit Parisien - Guadeloupe : le manque de médecins entrave la prise en charge des cancers

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Guadeloupe : le manque de médecins entrave la prise en charge des cancers
Guadeloupe : le manque de médecins entrave la prise en charge des cancers / Photo: Carla BERNHARDT - AFP/Archives

Guadeloupe : le manque de médecins entrave la prise en charge des cancers

En Guadeloupe, les hôpitaux bénéficient d'équipements de pointe pour traiter les cancers mais un manque criant de médecins allonge dangereusement les délais de prise en charge, au point que certains malades partent se faire soigner dans l'Hexagone.

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Dans l'archipel antillais, soignants et patients font le même constat, conforté par une étude de l'Institut national du cancer (INCa) publiée en février 2024 : la survie des malades cinq ans après leur diagnostic y est globalement inférieure à celle de la métropole.

Pour sept des dix cancers étudiés, l'écart atteint 20 points pour le cancer du corps de l'utérus (55 % de survie à cinq ans en Guadeloupe contre 74 % dans l'Hexagone), 12 points pour l'œsophage (5 % contre 17 %), 10 points pour les cancers de la bouche et du pharynx (35 % contre 45 %) et 9 points pour le cancer du sein (79 % contre 88 %).

Cet écart s'explique en partie par le manque de spécialistes : il y a trois fois moins de cancérologues par habitant qu'en métropole. "En oncologie médicale, on a de gros progrès à faire en matière de densité : 0,8 pour 100.000 habitants ici, contre 2,6 dans l'Hexagone", reconnaît le docteur Abdoul Djamal Moukaila, référent médical à l'Agence régionale de santé (ARS) de Guadeloupe.

Faute de médecins, les malades attendent, et ces délais réduisent leurs chances de guérison. "En Guadeloupe, la qualité des soins est bonne, mais on manque de médecins. Les délais, dans une pathologie cancéreuse, ça peut être mortel", alerte Carina Guillaume, qui accompagne d'autres malades en tant que patiente-partenaire.

La Guadeloupe affiche l'un des taux de cancer de la prostate les plus élevés au monde, avec "environ 500 nouveaux cas par an", précise le professeur Laurent Brureau, urologue au centre hospitalier universitaire (CHU) de la Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre.

- "Des semaines d'attente" -

Victor, un patient qui n'a pas souhaité donner son nom, est parti à Paris pour passer ses examens plus vite. "Ça ne donne pas vraiment confiance dans le système", confie-t-il. Il met aussi en avant la vétusté du CHU actuel, où des rats auraient récemment été aperçus au bloc opératoire. "J'ai la chance de pouvoir me le permettre, j'ai aussi de la famille qui m'accueille", reconnaît-il.

Les médecins ne disent pas autre chose. "Le manque d'effectif est un vrai problème", confirme le professeur Olivier Parant, gynécologue au CHU, alors que les équipements et les traitements sont, selon lui, du même niveau que dans l'Hexagone.

Son service recense en moyenne 250 nouveaux cas de cancer du sein par an, une pathologie en "hausse nette". Il déplore des délais qui atteignent parfois plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous, et observe "des dépistages tardifs", qu'il attribue à la méfiance envers l'hôpital ou au recours à la médecine traditionnelle.

- Attirer les médecins -

Pour inverser la tendance, les autorités sanitaires tentent d'attirer de nouveaux médecins.

"Dans notre feuille de route sur le sujet jusqu'en 2030, la question de l'attractivité pour les médecins est bien inscrite", explique le Dr Moukaila.

L'ARS verse des primes et mise sur le nouveau CHU, tout en admettant que la difficulté à recruter concerne toute la Guadeloupe.

L'ouverture de ce nouvel hôpital suscite beaucoup d'espoirs. L'unité d'oncologie-radiothérapie, dirigée par la docteure Florence Sacino, vient de s'y installer. Elle dispose d'un appareil de plus que dans l'ancien bâtiment, et plus moderne, qui devrait, une fois le service à plein régime, permettre de raccourcir certains traitements et donc de traiter plus de patients : "passer par exemple de 20 séances à 5 séances pour certaines pathologies", se réjouit-elle.

Autre motif d’espoir : depuis peu, les étudiants en médecine peuvent poursuivre leurs études sur place jusqu'à la fin de la sixième année, au lieu de partir en métropole. La première promotion vient de terminer ses six premières années d'études, mais le Pr Parant redoute que ces futurs médecins ne partent chercher "de meilleurs salaires ou conditions de travail" loin de la Guadeloupe.

F.Dupuy--PP