Petit Parisien - Controverse électorale en Inde : le chef des "cafards" à nouveau arrêté à New Delhi

Paris -
Controverse électorale en Inde : le chef des "cafards" à nouveau arrêté à New Delhi
Controverse électorale en Inde : le chef des "cafards" à nouveau arrêté à New Delhi / Photo: Arun SANKAR - AFP

Controverse électorale en Inde : le chef des "cafards" à nouveau arrêté à New Delhi

Le chef du mouvement indien des "cafards" a été arrêté vendredi à New Delhi avant une manifestation à laquelle il avait appelé pour dénoncer la révision des listes électorales, nouvelle péripétie de l'épreuve de force engagée avec le gouvernement.

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Pour la deuxième fois en moins d'une semaine, Abhijeet Dipke a été interpellé devant les caméras des télévisions locales. "Nous vous plaçons en détention préventive, vous êtes en état d'arrestation", lui a dit un policier devant la presse.

"Dictature !" a réagi son Parti du peuple des cafards (CJP) sur les réseaux sociaux.

Le mouvement, qui s'est imposé depuis mai comme le porte-parole des colères de la jeunesse indienne, et l'opposition exigent la démission du président de la Commission électorale Gyanesh Kumar.

Ils accusent la révision des listes engagée par son institution de bénéficier au seul camp du Premier ministre Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014.

La commission a nié toute irrégularité.

Le weekend dernier, les forces de l'ordre ont arrêté des milliers de personnes - plus de 20.000 selon la presse locale - à New Delhi pour y empêcher une manifestation organisée par le CPJ.

Arrêté à bord d'un avion qui venait d'atterrir dans la capitale, M. Dipke a été incarcéré vingt-quatre heures.

Mardi, deux autres dirigeants de son mouvement ont été interpellés pour avoir pénétré et agité des drapeaux indiens dans une zone du centre de la capitale interdite aux manifestants. Ils ont été placés en détention pour au moins cinq jours.

En réaction, Abhijeet Dipke avait appelé ses partisans à se réunir vendredi après-midi sur une place du centre de Delhi. Mais les autorités ont ordonné la fermeture de la place pour des "raisons administratives".

"Pourquoi avez-vous si peur des cafards ?" leur a lancé avant son interpellation M. Dipke.

"Je veux dire à Narendra Modi que nous n'avons pas peur. Si agiter le drapeau indien nous envoie en prison, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

- "Anarchie" -

Toute violation des mesures prises par les autorités "entraînera une réponse légale", a averti la police, qui a précisé qu'elle autoriserait "certaines personnes" à se rassembler sur un "site approprié".

Des milliers de policiers et au moins autant de barricades ont été déployés vendredi au centre-ville.

Le ministre de la Défense Rajnath Singh s'en est pris aux frondeurs, accusés de vouloir "détruire les institutions démocratiques et créer le chaos".

"Ils ne se mobilisent pas contre la réforme électorale (...) ni contre Gyanesh Kumar, ni pour l'avenir des jeunes de ce pays", a-t-il dit vendredi devant la presse, "mais pour prendre le pouvoir et créer l'anarchie".

La controverse électorale a viré ces derniers jours au bras de fer entre le CPJ, l'opposition et le gouvernement de M. Modi.

Lundi, le chef de l'opposition parlementaire et élu du parti du Congrès Rahul Gandhi a pris la tête d'un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la capitale pour déposer à la Cour suprême une requête en annulation de la révision électorale.

Lancée l'an dernier pour en supprimer les doublons, les défunts et les fraudeurs, la procédure a permis, selon les décomptes publiés dans les médias et par l'opposition, de rayer 130 millions d'inscrits.

Elle est soupçonnée par ses détracteurs de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand bénéfice du Bharatiya Janata Party (BJP) de M. Modi, jetant ainsi le doute sur ses récentes victoires dans des élections locales.

"La crise est sérieuse", a commenté pour l'AFP l'analyste politique Ajoy Bose.

"Une majorité de l'opinion pense que les élections ont été truquées", a-t-il ajouté. "Et le gouvernement est inquiet de voir se retourner contre lui la classe moyenne éduquée, qui s'agite (...) car elle ne se voit pas d'avenir dans le pays".

L.Marion--PP