Petit Parisien - A Kiev, sauts et pirouettes sur glace en dépit des alertes aériennes

Paris -
A Kiev, sauts et pirouettes sur glace en dépit des alertes aériennes
A Kiev, sauts et pirouettes sur glace en dépit des alertes aériennes / Photo: Genya SAVILOV - AFP

A Kiev, sauts et pirouettes sur glace en dépit des alertes aériennes

Dans une patinoire de Kiev, la musique est soudainement coupée par une énième sirène d'alerte de frappes aériennes, sans altérer le rythme des jeunes sportifs qui continuent de perfectionner leurs sauts et d'affiner leurs pirouettes.

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Entre nuits blanches à cause des attaques russes incessantes et journées entrecoupées d'alertes, ces futurs espoirs olympiques doivent souvent rivaliser avec leurs pairs, mais aussi faire face aux aléas de la guerre.

Le risque est bien réel : deux jours après la visite de l'AFP, un bombardement russe nocturne a laissé un trou béant dans le mur de la patinoire, sans faire de victimes.

Malgré les dégâts, Ioulia Ratnykova, 49 ans, et sa fille Katia, 11 ans, ne se découragent pas. "Les filles étaient très bouleversées. Certaines ont même versé des larmes", confie la mère, avant d'ajouter : "Personne n'abandonne, l'entraînement continuera".

Pour les jeunes sportifs, la notion de "bons résultats" a pris une toute autre dimension depuis l'invasion russe de 2022.

"Chaque fois que l'on se rend à une compétition le matin et que l'on voit tous ces enfants, on sait que la nuit s'est bien passée. S'ils sont en vie, c'est déjà une réussite", affirme l'entraîneur Oleksandre Toumanovsky.

Ancien patineur de haut niveau du temps de l'URSS, il entraîne désormais un groupe de trois filles âgées de 9 à 11 ans, au rythme d'une musique effrénée.

- Lits improvisés -

À 06H15, un peu plus d'une heure après la fin du couvre-feu, la patinoire regorge de dizaines d'enfants, des tout-petits aux adolescents, s'exerçant à maîtriser pas, sauts et pirouettes.

Et Kiev étant en état d'alerte quasi permanent, il est devenu impossible d'interrompre les entraînements à chaque sirène, explique M. Toumanovsky.

Au début, les enfants couraient se réfugier dans une école voisine, ce qui leur faisait office de session "d'athlétisme", plaisante-t-il. Avec l'accord des parents, cette habitude a été laissée de côté.

"Lorsque les explosions deviennent trop fortes, nous montons le volume de la musique, pour que les enfants n'aient pas peur", ajoute-t-il.

Ioulia Iermolaïeva, 42 ans, et sa fille Myroslava, 11 ans, se sont installées à Kiev après avoir fui Kharkiv (nord-est) au début de la guerre. La jeune sportive s'entraîne six heures par jour, six jours par semaine.

"Il y a des jours où c'est incroyablement difficile", témoigne sa mère, en expliquant que dormir est un combat permanent.

Les nuits de frappes massives, elles dorment dans leur voiture garée dans un parking souterrain, puis se réveillent pour "filer directement à l'entraînement". Myroslava dort aussi parfois dans le couloir, sur un lit de fortune fait d'oreillers, de couvertures et de couettes.

"Ce n'est évidemment pas aussi moelleux qu'un lit normal, mais ça va", dit-elle avec un sourire timide.

Ioulia Ratnykova a mis en place un dispositif similaire pour sa fille Katia. "Pour être honnête, je ne me souviens même plus de la dernière fois où elle a dormi dans son propre lit", affirme-t-elle.

Chaque matin, les parents évaluent les risques pour décider s'ils laissent les filles aller patiner, une épreuve qui pèse sur les enfants et leurs performances.

"Par rapport aux autres enfants qui s'entraînent dans de meilleures conditions en Europe, nous ne sommes pas vraiment compétitifs", constate Mme Iermolaïeva.

- Pas compétitifs -

Les alertes aériennes font également partie intégrante des compétitions en Ukraine. "Les enfants doivent partir et rester dans un abri pendant deux heures. Quand ils ressortent, ils ne sont plus en état de concourir", regrette Mme Iermolaïeva.

Et lorsque les sportifs doivent se rendre à l'étranger, "le trajet dure désormais 24 heures" en raison de la fermeture de l'espace aérien, souligne M. Toumanovsky.

Après l'attaque qui a endommagé la patinoire, la fédération ukrainienne a adressé une lettre de protestation à l'Union internationale de patinage (ISU).

"Les patineurs ukrainiens sont privés des conditions les plus élémentaires nécessaires pour s'entraîner, concourir et mener leur vie d'athlètes", est-il écrit dans ce courrier.

L'entraîneur estime qu'il serait "vraiment terrifiant" que les enfants s'habituent au bruit des explosions. "Les enfants devraient s'habituer à des sons complètement différents, comme le bruissement des feuilles ou le souffle du vent", estime-t-il.

Les travaux de réparation de la patinoire ont commencé presque immédiatement après la frappe de la mi-octobre. "Les murs peuvent être reconstruits et j'ai bon espoir que d'ici la semaine prochaine, nous serons de retour sur la glace", espère M. Toumanovsky.

B.Roussel--PP