Raffinerie saoudienne et ministère de la Défense: les Houthis multiplient les attaques
Au lendemain de la visite d'un haut responsable saoudien à Téhéran, les Houthis pro-iraniens ont repris leurs attaques mardi, ciblant la plus grande raffinerie du royaume et le ministère de la Défense à Riyad.
Les Houthis ont "réussi à frapper la raffinerie de Ras Tanoura, dans la province orientale, à l'aide d'un missile balistique. Le tir a été précis et a provoqué d'énormes incendies", a écrit sur X leur porte-parole militaire Yahya Saree.
La société de sécurité britannique Vanguard Tech a confirmé qu'un incendie leur avait été signalé près du site pétrolier de Ras Tanoura, qui aurait été maîtrisé, sans pouvoir évaluer l'ampleur des dégâts à ce stade.
Le mouvement soutenu par Téhéran a également revendiqué des tirs de missiles contre deux avions de combat dans le sud du royaume, et le ministère de la Défense à Riyad.
Dans la capitale saoudienne, comme souvent ces dernières semaines, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions. Et des messages téléphoniques ont invité les habitants à se mettre à l'abri, alors que les déflagrations faisaient vibrer les vitres dans le centre-ville.
Les forces saoudiennes, qui soutiennent le gouvernement yéménite face aux Houthis, ont annoncé avoir détruit des missiles, les éclats d'obus causant des dégâts à un immeuble, un chantier de construction et un véhicule.
La raffinerie, exploitée par le géant saoudien Aramco, est l'une des plus grandes du Moyen-Orient et constitue une pierre angulaire du secteur énergétique du royaume, premier exportateur mondial de brut.
Elle avait déjà été visée par des frappes dans le cadre des représailles de l'Iran et de ses alliés, qui avaient perturbé ses opérations au début du conflit régional par des frappes américano-israéliennes contre Téhéran fin février.
- "Service à Israël" -
La reprise des hostilités au Yémen en juillet, après quatre ans d'accalmie, a ouvert un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.
Le mouvement houthi a réussi en septembre à prendre le littoral yéménite sur la mer Rouge, renforçant son emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l'Europe à l'Asie via le canal de Suez, contrôlé par l'Egypte. Et depuis début octobre, il cible quasi-quotidiennement l'Arabie saoudite.
Face à cette offensive, Riyad a cherché à rallier un soutien international, sans que son allié américain n'ait jusque-là donné suite.
A la demande du président Abdel Fattah al-Sissi, le Parlement égyptien a lui donné son feu vert lundi aux "mesures nécessaires pour soutenir le royaume saoudien".
La nature exacte de cette assistance n'a pas été précisée, mais M. Sissi avait souligné qu'elle serait purement défensive.
L'Égypte et son Parlement "déclarent ainsi la guerre à la République du Yémen, tout en rendant un immense service à Israël", a fustigé Mohammed Ali al-Houthi, membre du bureau politique des Houthis, sur son compte Telegram.
- "Peur d'aucune alliance" -
Il réagissait à la tenue lundi d'une réunion à Téhéran entre des dirigeants iraniens et des hauts responsables de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie, membres du pacte de défense dit de La Mecque ainsi que médiateurs régionaux dans la guerre au Moyen-Orient.
"Il est vraiment remarquable que, tandis que ces gens vont discuter de ce qu'ils appellent +la paix dans la région+, l'Égypte et son Parlement déclarent leur soutien à la prétendue défense" du royaume, a-t-il relevé, ajoutant "n'avoir peur d'aucune alliance".
A l'occasion de ce rendez-vous, Riyad avait dépêché à Téhéran son ministre de la Défense Khaled ben Salmane, frère du dirigeant de facto du royaume, pour la première fois depuis fin février.
Cette visite s'inscrivait, selon la diplomatie saoudienne, dans le cadre des efforts "pour favoriser la désescalade entre les parties à la crise actuelle".
Déjà sous le feu des Houthis, l'Arabie saoudite redoute désormais une reprise de la guerre à grande échelle, Israël et les États-Unis ayant multiplié ces derniers jours les menaces contre la République islamique.
Sur le sol yéménite, où les Saoudiens ont mené 81 frappes au cours des dernières 24 heures selon les Houthis, une centaine de combattants ont été tués lors de nouveaux affrontements dans le sud-ouest du Yémen, selon des sources militaires des deux camps - 63 côté houthi, 34 du côté des forces gouvernementales.
Il s'agit des combats les plus violents depuis l'offensive éclair des combattants pro-iraniens en septembre.
S.Charpentier--PP