Petit Parisien - Élections en Israël: pas de majorité, et maintenant?

Paris -
Élections en Israël: pas de majorité, et maintenant?
Élections en Israël: pas de majorité, et maintenant? / Photo: MAYA LEVIN - AFP

Élections en Israël: pas de majorité, et maintenant?

Les deux camps aux législatives en Israël sont au coude-à-coude avec selon les estimations 51 sièges pour le camp réuni derrière le centriste Gadi Eisenkot, et autant pour la droite et l'extrême droite emmenées par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu.

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Ils sont loin des 61 sièges nécessaires pour disposer de la majorité absolue à la Knesset, le Parlement israélien qui compte 120 élus. M. Eisenkot apparait toutefois plus à même de rallier d'éventuels nouveaux partenaires.

Voici les quatre principaux scénarios possibles:

1. Une coalition se forme

Après la proclamation officielle des résultats d'ici quelques jours, le président Isaac Herzog va charger un candidat de former un gouvernement - celui jugé le mieux placé pour réunir au moins 61 députés.

Débuteront alors des négociations, généralement longues et ardues. A l'issue du précédent scrutin en 2022, il avait fallu 58 jours à Benjamin Netanyahu pour bâtir une coalition.

Si le Likoud de Benjamin Netanyahu est cette fois encore le parti qui obtient le plus de sièges (27 selon les estimations), il est aussi celui dont le bloc aura le plus de mal à s'élargir au-delà de ses alliés d'extrême droite et ultra-orthodoxes.

Le camp de Gadi Eisenkot, en revanche, pourrait s'appuyer soit sur des défections dans le camp du Premier ministre, soit sur les voix des partis arabes.

Les deux listes arabes israéliennes décrochent en effet un nombre record de sièges, d'après les sondages à la sortie des urnes, avec un nombre de députés estimé à 17 ou 18.

L'histoire politique israélienne est riche en rebondissements et des défections ou autres retournements d'alliance ne sont pas à exclure.

2. Un gouvernement minoritaire

Si aucun bloc ne parvient à réunir 61 sièges, un gouvernement minoritaire peut se constituer en s'appuyant sur le soutien ponctuel de certains députés.

Dans cette configuration aussi, les deux listes arabes israéliennes s'imposent comme de possibles faiseurs de roi.

La formation Raam de Mansour Abbas (créditée de sept sièges) s'est à plusieurs reprises dite prête à travailler avec le bloc de Gadi Eisenkot, et la Liste unifiée a elle proposé de fournir un "filet de sécurité" à toute coalition qui chasserait M. Netanyahu du pouvoir.

Mais les principales figures du bloc d'opposition se sont pendant la campagne montrées réticentes à assumer publiquement une telle hypothèse, en raison de l'hostilité d'une grande partie de l'électorat juif à toute forme d'alliance avec les Arabes israéliens.

M. Netanyahu le sait bien, et a ainsi axé sa campagne sur une possible coopération entre le bloc de M. Eisenkot et les partis arabes, qu'il présente comme l'alliance de la "gauche et des Frères musulmans" menaçant la survie de l'Etat d'Israël.

3. Un gouvernement d'union nationale

Cette hypothèse semble fantaisiste, vu l'extrême polarisation de l'échiquier politique en Israël. Mais l'union des partis dits "sionistes", excluant les formations arabes et ultra-orthodoxes, est régulièrement évoquée par les commentateurs.

Un sondage publié mi-octobre indique que 55% des personnes interrogées préféreraient un gouvernement d'union nationale à de nouvelles élections si le scrutin ne dégageait pas de majorité claire.

Ce scénario a un précédent récent: en 2020, Benjamin Netanyahu et le centriste Benny Gantz avaient, malgré leur profonde inimitié, conclu un accord de partage du pouvoir après trois scrutins en moins d'un an, qui prévoyait une rotation au poste de Premier ministre. Mais l'attelage s'était défait au bout d'un an, entraînant un nouveau scrutin.

Des médias ont affirmé ces derniers jours que le président Isaac Herzog œuvrait en coulisses à un rapprochement entre M. Netanyahu et M. Eisenkot, pour réitérer l'expérience en cas de paralysie.

Mais cette hypothèse rencontrerait un fort rejet dans les deux camps, notamment dans le bloc de l'opposition qui a fait de ce scrutin un référendum contre le Premier ministre sortant.

4. Une impasse et de nouvelles élections

Si aucun candidat ne parvient à former un gouvernement, la population israélienne devra retourner aux urnes.

Le pays a connu quatre élections entre avril 2019 et mars 2021 en raison de l'incapacité des forces politiques à s'entendre autour d'un projet commun durable.

Le candidat désigné par le président disposera en principe de 28 jours pour former une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. En cas d'échec, d'autres procédures peuvent être engagées avant une éventuelle dissolution de la Knesset.

Une nouvelle campagne prolongerait l'instabilité politique dans un pays encore marqué par les conséquences du 7-Octobre et par les conflits régionaux.

En attendant, M. Netanyahu resterait Premier ministre par intérim.

W.Aubert--PP