Roland-Garros: Kostyuk-Andreeva, une demie sur fond d'invasion russe en Ukraine
Un choc sur terre battue sur fond de conflit entre Kiev et Moscou: l'Ukrainienne Marta Kostyuk, 15e mondiale, et la Russe Mirra Andreeva (8e) s'affrontent jeudi en demi-finale à Roland-Garros, un mois après leur dernière confrontation en finale à Madrid.
L'affiche a de quoi faire rêver dans un tableau féminin très ouvert: Kostyuk (23 ans) reste invaincue sur l'ocre (16 victoires) avec deux titres glanés à Rouen et Madrid tandis qu'Andreeva (19 ans) compte 20 victoires (3 défaites) et un sacre à Linz.
L'Ukrainienne, qui intègrera pour la première fois le top 10 si elle se qualifie pour la finale, mène deux à zéro dans leur confrontation: elle a battu sa cadette en quarts de finale à Brisbane (dur) en janvier, et en finale dans la capitale espagnole sur terre battue le mois dernier.
Le contexte international s'invite aussi pour cette demi-finale à la porte d'Auteuil, un peu plus de quatre ans après le début de l'invasion russe en Ukraine le 24 février 2022.
Marta Kostyuk a ainsi affirmé avoir vécu l'un des matches "les plus difficiles de (sa) vie" au premier tour, quelques heures après la chute d'un missile "à 100 mètres" du domicile de sa mère.
L'Ukraine et sa capitale Kiev, dont elle est originaire, ont été visés cette nuit-là par une vaste attaque aérienne, l'armée de l'air ukrainienne affirmant avoir détecté pas moins de 600 drones et 90 missiles.
Une semaine plus tard, Kostyuk a dédié sa victoire en quarts contre sa compatriote Elina Svitolina à la "résilience" de son peuple après une attaque meurtrière russe la nuit précédente, qui a fait au moins 21 morts dont six dans sa ville natale.
Profondément marquée par l'offensive russe débutée il y a quatre ans, Kostyuk prend régulièrement la parole pour dénoncer la situation dans son pays et les conséquences du conflit dans le monde du tennis.
- "Une prise de position claire" -
Elle refuse par exemple de saluer ses adversaires russes ou bélarusses en fin de match, comme ce fut le cas après son sacre dans la capitale espagnole, où elle n'a pas serré la main Mirra Andreeva.
En larmes, la Sibérienne avait loué les qualités de Marta Kostyuk, qui joue "extrêmement bien en ce moment" quand l'Ukrainienne a, elle, choisi de féliciter toutes ses adversaires avant de conclure son discours en disant "Gloire à l'Ukraine".
Jouer une Ukrainienne, "cela n'a pas d'importance", a affirmé la jeune Sibérienne mardi, demi-finaliste à Paris en 2024, qui "essaie simplement de jouer contre la balle qui arrive sur (elle), peu importe qui (elle) affronte".
Andreeva avait été un peu plus diserte en mars 2025, avant d'affronter Svitolina au WTA 1000 d'Indian Wells qu'elle allait remporter quelques jours plus tard.
"Bien sûr, ce n'est pas facile" d'affronter une Ukrainienne dans le contexte actuel. "Mais j'ai déjà affronté quatre, cinq joueuses ukrainiennes" depuis le début du conflit "et j'essaie de ne pas y penser".
"J'essaie de me concentrer sur mon jeu, sur mes routines. Je vais préparer ce match comme n'importe quel autre match, rien ne va changer me concernant", avait-elle assuré avant de l'emporter 7-5, 6-3.
A Roland-Garros, Kostyuk a dénoncé une "posture": "je connais des gens qui ont quitté la Russie au début de la guerre, qui ont tout laissé derrière eux tout simplement parce qu'ils n'acceptaient pas ce que leur pays faisait".
"J'aimerais qu'il y ait une prise de position plus claire sur ce qu'il se passe, surtout quand votre pays est en train de tuer d'autres personnes", a-t-elle poursuivi.
Elle cite souvent l'exemple de Daria Kasatkina, joueuse d'origine russe mais naturalisée Australienne l'an dernier,la seule qu'elle "respecte" sur le circuit pour avoir osé afficher son opposition à la guerre en Ukraine.
Le conflit s'invite aussi dans l'autre partie de tableau: la Russe Diana Shnaider affronte en quarts la N.1 mondiale Aryna Sabalenka, originaire du Bélarus dont le président Alexandre Loukachenko est un soutien de Vladimir Poutine.
Dans l'autre quart, Anna Kalinskaya, une autre Russe, défie Maja Chwalinska qui vient de Pologne, pays frontalier de la Russie et de l'Ukraine et l'un des principaux soutiens de Kiev.
J.Lemaitre--PP