Turquie: un journaliste de la Deutsche Welle incarcéré pour "insultes au président"
Les autorités allemandes et de multiples voix ont appelé vendredi à la libération d'un journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW), arrêté et incarcéré en Turquie pour "insultes" au président turc Recep Tayyip Erdogan.
Alican Uludag, interpellé jeudi à Ankara, a été conduit dans la foulée à Istanbul où il a été placé en détention provisoire vendredi à l'issue d'un interrogatoire, selon l'un de ses avocats.
"Tout cela est absurde", a déclaré à l'AFP l'avocat, Me Tora Pekin.
Soulignant que "le travail journalistique n'est pas un délit", le ministre allemand de la Culture Wolfram Weimer a estimé que M. Uludag "doit être libéré", jugeant "sans fondement" les accusations portées contre lui, selon des déclarations transmises à l'AFP.
"La Deutsche Welle et ses collaborateurs doivent pouvoir travailler librement en Turquie et rendre compte de l'actualité en toute indépendance", a insisté M. Weimer.
Selon la Deutsche Welle, les poursuites portent notamment sur "un message publié sur X il y a environ un an et demi" dans lequel Alican Uludag "critique des mesures prises par le gouvernement turc qui auraient conduit à la libération de possibles terroristes" de l'organisation Etat islamique et accuse les autorités de "corruption".
Journaliste pour le service en turc de la Deutsche Welle, M. Uludag, né en 1986, a également été interrogé au cours de sa garde à vue sur une vingtaine d'autres de ses publications sur les réseaux sociaux, selon l'ONG turque de défense des droits de l'Homme MLSA.
- "Purge" -
"Si nous ne pouvons pas critiquer le président, alors pourquoi faisons-nous du journalisme ?", a déclaré le journaliste turc lors de son interrogatoire, selon Deutsche Welle, dont la directrice générale Barbara Massing a dénoncé une arrestation "politiquement motivée".
"Ecrire la vérité ne saurait être considéré comme un crime", a ajouté Alican Uladag face aux enquêteurs, se disant victime d'une "purge visant les voix critiques".
Dans un communiqué commun, 12 syndicats et associations de journalistes turcs ont estimé qu'Alican Uludag "est la dernière victime en date de la récente vague de criminalisation de notre profession".
"L'information est désormais considérée comme de la désinformation, c'est-à-dire un délit, et les opinions personnelles sont assimilées à de la diffamation", ajoutent-ils en exigeant la libération immédiate du journaliste.
"Alican Uludag, journaliste renommé travaillant pour @dw_turkce, a été arrêté hier à son domicile par 30 policiers (...) Voilà la réalité des normes démocratiques en #Türkiye", a écrit sur X le rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, Nacho Sanchez Amor.
Özgür Özel, patron du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force de l'opposition turque, a dénoncé un "acte de tyrannie", appelant lui aussi à la libération du journaliste.
"Les autorités turcs n'ont jamais été aussi audacieuses dans leur répression du droit à l'information", a déclaré à l'AFP Erol Önderoglu, représentant en Turquie de Reporters sans frontières (RSF), jugeant que M. Uludag "a pu déranger le pouvoir en raison de ses investigations".
RSF place la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.
D.Clement--PP